Luc Leclerc avait trop d’argent pour tout dépenser
Luc Leclerc a reconnu sans détour, mercredi, devant la commission Charbonneau, qu’il avait reçu tant de pots-de-vin qu’il avait de la difficulté à tout dépenser et qu’il ne pouvait calculer le total des sommes reçues.
M. Leclerc, qui était affecté à la surveillance des chantiers, touchait des montants sur les extras. Les contingences ou «extras» étaient les montants remboursés par la Ville aux entrepreneurs pour les dépassements de coûts.
Beaucoup plus à l’aise que son ancien collègue, Gilles Surprenant, l’ingénieur retraité de la Ville a même raconté avec le sourire comment Vito Rizzuto était un «excellent compagnon de voyage», un «gentleman», même. Il faisait référence à un voyage en République dominicaine avec Gilles Surprenant, l’entrepreneur Tony Conte et le parrain de la mafia, en 1997.
Voyages, pots-de-vin, parties de hockey, jambon, et bouteilles de vin, M. Leclerc a confié qu’il aimait bien recevoir ces petits cadeaux de même que les enveloppes d’argent. Il a toutefois été bien en peine de calculer l’argent total qu’il a reçu, car il ne conservait pas de calepin à ce sujet, a-t-il précisé. Mais il estime qu’il aurait dépensé au fil du temps environ 500 000 $.
Très sérieusement, M. Leclerc a expliqué qu’il avait de la difficulté à dépenser cet argent sans attirer l’attention. «C’est plus dur qu’on le pense, c’est un cadeau empoisonné».
Le fonctionnaire a d’ailleurs remis 90 000 $ à la commission ajoutant qu’il souhaitait que ce montant soit remis à son ancien employeur, la Ville de Montréal.
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Travaux sur la maison, achat de condos pour ses enfants et investissements dans un restaurant représentent ses plus grandes dépenses.
Il a souligné qu’il a toujours offert un bon service et aurait offert la même qualité, pots-de-vin ou non. «Donc, ils [les entrepreneurs] vous ont payé pour rien?», a demandé la procureure Sonia Lebel. «Ils payaient parce qu’ils étaient reconnaissants», a répondu M. Leclerc.
Il a terminé en indiquant que tout le monde à la Ville était au courant que des fonctionnaires touchaient des pots-de-vin jusqu’aux commis et aux secrétaires.