Des entrepreneurs de Montréal et de la Rive-Nord vident leur sac
Michel Leclerc de Terramex et André Durocher d’Excavations Panthère ont raconté devant la Commission Charbonneau comment la collusion a eu raison de leur entreprise respective.
Si Terramex a dû collaborer au système de collusion pour survivre en affaires à Montréal, Excavations Panthère, qui travaillait sur la Rive-Nord, n’a jamais voulu «embarquer là-dedans». «On a été élevé comme ça […] c’est une question de principe», a expliqué M. Durocher.
À Montréal, M. Leclerc avait déjà expliqué lundi comment il avait été victime d’intimidation avant de céder et de participer à la collusion. En contre-interrogatoire mardi, Me Denis Houle, de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, a tenté de briser l’image de victime de M. Leclerc en affirmant que personne ne l’a obligé à travailler à Montréal.
M. Leclerc lui a répondu que son entreprise était située à Montréal et qu’il avait 40 employés à faire vivre. «Je n’étais pas à l’aise du tout avec ça, mais j’ai compris que, si je voulais rester à Montréal et faire travailler mon monde, je devais entrer dans le moule», a-t-il dit. Michel Leclerc a affirmé devant la commission que l’entreprise fermera ses portes sous peu.
Terramex est aujourd’hui placé sous la protection de la Loi sur les faillites.
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La Rive-Nord n’était pas pour autant épargnée de la collusion. Selon M. Durocher, à partir de 2002, les entrepreneurs de Montréal et de Laval ont tenté de s’emparer du marché de façon agressive. Il a lutté pour défendre sa place, mais il s’est résigné à mettre la clé sous la porte en 2011, après avoir déclaré faillite.
Menaces, voies de fait et bris d’équipement ont fait partie de son quotidien pendant 20 ans. Son frère, qui travaillait pour l’entreprise familiale, a même été frappé avec un «poing américain» par un homme qui lui a brisé trois os du visage.
Pierre Papineau de la firme Comerco Courtage Plus, qui fournit des assurances et des cautionnements aux entrepreneurs en construction, est également venu témoigner brièvement, mardi. Excavations Panthère était un de ses clients et M. Papineau a confirmé avoir été au courant de certains problèmes de M. Durocher.
En 2008, Tony Conte de l’entreprise Conex aurait menacé les deux hommes de leur casser les jambes s’il Excavations Panthère soumissionnait sur le chantier d’une conduite d’eau sur la rue Chabanel à Montréal. «À Montréal et à Laval, c’est un cercle fermé pour certains entrepreneur», a expliqué M. Durocher.
Mais outre l’intimidation des entrepreneurs, M. Durocher a également montré du doigt le rôle des firmes de génie. Selon lui, les entrepreneurs, qui n’étaient pas «mariés » avec une firme, c’est-à-dire alliés avec elles, se faisaient mener la vie dure, par des inspections abusives ou des délais dans les paiements notamment.
Sur un chantier à Lachute, il a éprouvé tant de difficultés, qu’il dit avoir appelé directement le ministre du Travail de l’époque, David Whissel, pour lui demander de l’aide. Celui-ci lui aurait dit d’appeler la Sureté du Québec, selon M. Durocher.
Une autre version de Lino Zambito
André Durocher a affirmé n’avoir jamais participé à la collusion. Pourtant, en octobre dernier, l’entrepreneur Lino Zambito avait déclaré qu’en 2008, M. Durocher aurait tenté de créer une association d’une vingtaine d’entrepreneurs de la Rive-Nord pour organiser un système de collusion à l’image de ce qui se faisait à Montréal et à Laval. M. Zambito a déclaré devant la commission qu’il avait trouvé sa démarche très «malhabile» et le système n’aurait survécu que deux ou trois mois.