Montréal

Les nouvelles classes de maternelle 4 ans seront rares à la rentrée dans le Grand Montréal

Les nouvelles classes de maternelle 4 ans seront rares à la rentrée dans le Grand Montréal
Photo by: Métro

Le nombre de nouvelles classes de maternelle 4 ans pourra se compter sur les doigts d’une main à la prochaine rentrée scolaire dans la région de Montréal.

Promis durant la dernière campagne électorale provinciale, le gouvernement de François Legault entend offrir la maternelle 4 ans partout au Québec d’ici cinq ans.

«Nous prévoyons ouvrir au moins 200 classes [pour 2019-2020], soit une augmentation de 50% du nombre de classes qui existent à l’heure actuelle», a assuré l’attaché de presse du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Francis Bouchard, dans un échange de courriels.

Or, après avoir consulté une dizaine de commissions scolaires francophones, il semble que la grande région de Montréal n’accueillera que très peu de ces nouvelles classes pour tout-petits.

À Longueuil, la présidente de la Commission scolaire Marie-Victorin (CSMV), Carole Lavallée, soutient que l’ouverture de maternelles 4 ans en septembre n’est pas prévue.

«Par contre, on évalue la possibilité de faire des classes dans des unités modulaires, mais on manque déjà de locaux pour les élèves existants. On aura besoin d’une contribution financière du ministère, mais aussi de temps», a-t-elle dit.

À la Commission scolaire de Laval (CSDL), l’implantation de nouvelles classes ne se fera pas non plus. «Pour l’année prochaine, ce qu’on veut, c’est maintenir notre nombre [de six classes de maternelle 4 ans], mais le manque de place se fait sentir», a fait savoir la présidente, Louise Lortie.

La Commission scolaire de la Seigneurie des Mille-Îles (Saint-Eustache) ne ferme pas complètement la porte, sans toutefois s’avancer sur un nombre. C’est en mars, une fois la période d’inscription terminée, que la commission scolaire sera «en mesure d’évaluer les besoins de [sa] clientèle pour la rentrée et ainsi offrir les services éducatifs requis», a souligné la conseillère en communication, Julie D’Amours.

Même son de cloche du côté de la Commission scolaire des Hautes-Rivières (Saint-Jean-sur-Richelieu) et de la Commission scolaire des Patriotes (Saint-Bruno-de-Montarville).

La Commission scolaire des Affluents (Repentigny) attendra quant à elle plus d’informations de la part du gouvernement avant de se prononcer.

Deux classes de maternelle 4 ans pourraient toutefois voir le jour à la Commission scolaire des Trois-Lacs (Vaudreuil-Dorion), selon le directeur du secrétariat général et communications, Sébastien Bédard.

Sur l’île de Montréal, la situation ressemble grandement à ce qui se dessine en périphérie. En effet, les trois commissions scolaires montréalaises francophones ont annoncé leur incapacité à pouvoir ouvrir plusieurs nouvelles classes à l’automne 2019.

À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, deux nouvelles classes ouvriront dans une école qui est actuellement en construction à LaSalle, alors qu’à la Commission scolaire de Montréal, un compromis est proposé avec la possibilité d’ajouter une dizaine de classes pour des élèves handicapés, et donc pas pour tous.

Pour sa part, la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) ne pourra en ouvrir aucune.

«Le ministre le sait, on lui a dit. On se demande si on pourra garantir des locaux pour les maternelles 5 ans, les élèves de 1re, 2e, 3e années.» – Miville Boudreault, président de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île.

Le manque d’espace est invoqué par les commissions scolaires pour expliquer l’impossibilité d’ouvrir des classes pour les enfants âgés de 4 ans. À titre d’exemple, à la CSDL, la majorité des locaux à vocation particulière, comme les bibliothèques, ont été transformés en classes. La CSMV a eu recours à la même solution.

«Si dans 5 ans, on offrait la maternelle 4 ans à tous les enfants, on parle de 3400 enfants, a expliqué la présidente de la CSMV, Carole Lavallée. Théoriquement, cela équivaudrait à six écoles et demie. Sans compter qu’on a en moyenne 1200 élèves de plus par année dans la commission scolaire.»

Même scénario à la Commission scolaire de la Seigneurie des Mille-Îles, où l’espace disponible est un enjeu pour l’ajout de classes. «Et ce, peu importe s’il s’agit de maternelle 4 ans ou de classes supplémentaires pour répondre aux demandes d’admission de façon générale», souligne Julie D’Amours.

Même si elle juge intéressante l’idée d’ouvrir des classes de maternelle 4 ans, Louise Lortie, de la CSDL, admet avoir déjà de la difficulté à trouver des locaux pour les groupes de maternelle 5 ans.

«On ouvre deux nouvelles écoles en septembre et malgré ça, on est en manque de locaux, a-t-elle rapporté. On a besoin de près d’une quarantaine de nouvelles classes, sans compter les maternelles 4 ans.» – Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval.

Conscient de la rareté de l’espace, le cabinet du ministre a avoué travailler sur des solutions pour résoudre ce problème. «Dans ce contexte, il est à prévoir que ce déploiement se fera dans un premier temps là où la disponibilité de locaux le permet», a concédé Francis Bouchard.

Outre le manque d’espace, les commissions scolaires font aussi face à une pénurie d’enseignants qu’elles essaient par tous les moyens d’endiguer. «On s’arrache les enseignants, les professionnels, et on est tous [les commissions scolaires] en compétition malgré nous. On doit parfois recruter des finissants en Ontario», a dépeint le président de la CSPI, Miville Boudreault.

La Fédération des commissions scolaires du Québec note que les problèmes d’espace et de pénurie de personnel «ne se règlent pas à court terme», a souligné sa directrice des communications, Caroline Lemieux. «Ça met encore plus de pression si on ajoute la maternelle 4 ans», a-t-elle mentionné.

À l’échelle de la province, la situation est semblable à certains égards, mais pas tout à fait la même que dans la région de Montréal. C’est pourquoi, selon Mme Lemieux, il est difficile d’avoir un portrait global.

«Les régions vivent la pénurie de personnel, mais elles ont plus rarement de pénurie de locaux, a ajouté Caroline Lemieux. Et, souvent, il y a moins d’enfants. Si elles n’ont pas d’élèves à mettre dedans, pourquoi ouvrir de nouvelles classes?»

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