Montréal

Marchés publics de Montréal: la «tâche colossale» aurait motivé les démissions

Marchés publics de Montréal: la «tâche colossale» aurait motivé les démissions
Photo: Josie Desmarais/MétroDes clients magasinent au marché Jean-Talon.

Face aux «irrégularités» au sein des marchés publics de Montréal, le Contrôleur général de la Ville a réclamé plusieurs changements dans l’organisme qui les gère. Une «tâche colossale» qui aurait précipité le départ de certains de ses administrateurs.

Vendredi dernier, les six administrateurs encore en poste au sein de la Corporation de gestion des marchés publics de Montréal (CGMPM) ont démissionné en bloc «par crainte pour leur intégrité personnelle». Ces départs s’ajoutent à quatre autres survenus dans les derniers mois pour un total de 10 personnes. Une enquête policière est actuellement en cours pour faire la lumière sur cette histoire.

«Une tâche colossale»

Cette vague de départs survient huit mois après que le Contrôleur général Alain Bond ait réalisé un rapport confidentiel qui dresse un portrait sombre de la situation dans les marchés publics de Montréal. Pour corriger cette situation, le document, complété en décembre dernier, souligne que des «efforts considérables» seront nécessaires. L’organisme chapeaute notamment les marchés Jean-Talon, Atwater, Lachine et Maisonneuve.

«La tâche, elle est colossale», a souligné une source bien au fait du dossier, ajoutant que ces recommandations ont causé des «divergences entre les membres de la corporation». 

«S’il y a des gens qui démissionnent en bloc parce qu’ils craignent pour leur intégrité, c’est qu’il y a une résistance aux changements qui sont proposés», a pour sa part évoqué le directeur général de l’Association des marchés publics du Québec, Jean-Nick Trudel. 

De nombreuses «irrégularités»

Dans son rapport, dont Métro a obtenu la copie, le Contrôleur général soulève que de nombreux administrateurs ont fermé les yeux sur le fait que des locataires d’emplacements dans des marchés publics les revendent illégalement. Or, plusieurs administrateurs «possèdent aussi des emplacements qui éventuellement pourraient être vendus pour leur profit personnel».

«Ainsi, ils sont motivés par des intérêts personnels, à savoir la rentabilité de leur commerce et de leurs emplacements», soulève le document. Le Contrôleur général propose donc d’«interdire la cession d’emplacements à profit».

Il demande par ailleurs à l’organisme de mettre en place des «mesures de contrôle robustes pour assurer la sécurité de ses employés et de ses fonds». Actuellement, de nombreux marchands paient encore leur loyer en argent comptant. Certains employés abuseraient aussi des cartes de crédit de la corporation.

«Il est important que la structure de gouvernance soit complètement revue et qu’elle obéisse aux devoirs et obligations prescrits par les différentes lois qui s’appliquent.» -Extrait du rapport du Contrôleur général de la Ville

Changements réglementaires

En plus de réclamer de revoir la composition du conseil d’administration pour intégrer des membres de l’externe, une démarche qui est en cours depuis ce printemps, le contrôleur a proposé plusieurs changements réglementaires.

Ceux-ci concernent entre autres «l’occupation des emplacements» et les «critères de sélection» des membres de l’organisme. Ces mesures devraient toucher  quelques 250 commerçants et producteurs.

«Une résistance est à prévoir de la part des membres de la corporation dont les intérêts personnels viennent, à certains égards, à l’encontre de ceux de la corporation et de la Ville», souligne d’ailleurs le rapport.

Inquiétudes

Plusieurs commerçants du marché Atwater rencontrés mercredi ont fait part de leurs inquiétudes. Ces derniers ignorent ce qu’il adviendra de la gestion de l’organisme.

«Il y aura des changements au sein du conseil d’administration», a assuré mercredi en point de presse la mairesse de Montréal, Valérie Plante. 

Depuis 1993, la Ville loue les terrains et les immeubles des marchés publics à la CGMPM.

«On a un bail. Si [la Corporation] ne répond pas aux exigences, on pourrait retirer le bail et proposer une autre corporation», a d’ailleurs indiqué mardi le responsable du développement économique au comité exécutif, Robert Beaudry.

Il ne s’agit toutefois pas d’une avenue privilégiée par la Ville actuellement.