Montréal

Le gel des tarifs d’Hydro-Québec ferait «régresser» la transition énergétique, dit un expert

Le gel des tarifs d’Hydro-Québec ferait «régresser» la transition énergétique, dit un expert
Photo: Archives MétroUn camion d'Hydro-Québec est ici photographié à Montréal.

Un spécialiste en politiques énergétiques s’est vivement opposé mardi au gel des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec prévus dans le projet de loi 34 du gouvernement Legault. Il estime que l’exercice aura pour impact de faire «régresser» la transition énergétique en cours dans la province.

«Malheureusement, on est en train de régresser. Au lieu d’avancer des tarifs plus intelligents, de rapprocher les consommateurs vers des signaux de prix intéressants et de les amener à faire les bons choix en transport et en bâtiment, vers une moindre consommation énergétique, on parle de gel de tarifs», a soutenu le professeur au Département des sciences de la décision de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, lors d’un panel sur l’électrification tenu à l’Hôtel Alt de la rue Peel.

L’expert universitaire déplore entre autres que les coûts de la consommation évolueront selon l’inflation jusqu’en 2024, «et non selon la structure de coûts d’Hydro-Québec».

Cette approche «très dangereuse» ne fera que contribuer à «bâtir un monde où les tarifs seront complètement déconnectés de la réalité», soutient M. Pineau.

Selon lui, c’est toute la transition énergétique qui ne pourra pas bien s’opérer au Québec si des incitatifs économiques «intelligents» ne viennent pas soutenir les utilisateurs-payeurs ainsi que les entreprises dans leur consommation responsable.

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Une électrification à penser

Si l’électrification des transports est souhaitable, elle ne doit pas se faire au détriment du combat contre l’automobile à essence, d’après M. Pineau. «Le problème de nos jours, ce n’est pas le manque de voitures électriques. C’est la surabondance des VUS, martèle-t-il. Ça fait environ sept ans que les Québécois achètent plus de VUS que l’année précédente. On investit plus dans le problème.»

C’est qu’il faut d’abord s’attaquer aux «besoins surcalibrés» de l’industrie pétrolière, ajoute le professeur. Celui-ci avoue d’ailleurs avoir du mal avec le nouveau «buzzword» qu’est l’électrification à tout prix en ce moment.

«L’électrification est un moyen d’être plus efficace, mais on le présente comme un objectif. C’est très dérangeant. Il ne faut pas perdre de vue que ce n’est qu’un moyen, et faire attention à ne pas en faire un dogme», envisage-t-il.

«Ça fait 50 ans qu’on électrifie le Québec. L’humanité a doublé sa consommation d’énergie, mais quadruplé sa consommation d’électricité. Celle-ci croît beaucoup plus, hormis en transport, que toutes les autres sources d’énergie.» -Pierre-Olivier Pineau, professeur au HEC Montréal

Et des changements à planifier

Pour le directeur en intégration des nouvelles technologies chez Hydro-Québec, Alain Sayegh, il faut garder en tête que les exigences des communautés en matière d’électrification changent constamment. «Ce qui est clair aujourd’hui ne l’est pas nécessairement pour le futur, juge-t-il. Il y a des technologies devant nous qui vont créer de la valeur, et ça c’est à définir.»

Même son de cloche pour le vice-président chez Lion électrique, Patrick Gervais, dont l’organisation est l’un des plus grands fabricants de véhicules lourds électriques au pays. «Depuis 1990, le transport lourd a une augmentation de 171%, et ça ne va pas aller en diminuant, plaide-t-il. Il y a tout un modèle d’affaires qui doit être revu pour implanter des nouvelles technologies.»

Selon lui, le milieu de l’électrification doit d’abord déconstruire plusieurs mythes s’il veut connaître du succès auprès du grand public.

«On a beaucoup d’éducation […], beaucoup de démystification à faire, surtout sur les impacts de la fabrication du véhicule.» -Patrick Gervais, VP chez Lion électrique

Créer des incitatifs à l’achat de véhicules électriques est une avenue prospère. Mais décourager l’acquisition de véhicules à essence serait encore mieux, croit le gestionnaire aux programmes d’innovation chez InnovÉÉ, Alexandre Beaudet.

«Le coût de l’essence est trop bas, et on ne peut pas réduire le coût de l’électricité. Ce qui manque, ce sont des malus sur les VUS par exemple. C’est tout à fait envisageable», ajoute-t-il.