Montréal

Électrification des transports: Québec doit d’abord investir en mobilité, plaident des organismes

Électrification des transports: Québec doit d’abord investir en mobilité, plaident des organismes
Photo: Martin Ouellet-Diotte/MétroLa STM estime à 475 000 le nombre de véhicules évincés du réseau routier grâce au transport collectif à Montréal.

S’il veut entamer un virage vers l’électrification des transports, le gouvernement Legault doit d’abord augmenter significativement l’offre en mobilité. C’est ce qu’ont plaidé mardi plusieurs organismes, en marge d’une consultation sur l’élaboration du Plan d’électrification et de changements climatiques (PECC) dans le Vieux-Port.

«Une congestion remplacée par une congestion de véhicules électriques ne réglera pas tous nos problèmes», a illustré le vice-président au développement de Vélo Québec, Jean-François Pronovost. Il appelle Québec à cesser de subventionner l’achat de véhicules individuels.

«Ces sommes pourraient être très bénéfiques si elles étaient dédiées au transport actif, à la mobilité», soutient-il. L’organisme somme également l’État de développer une politique nationale d’aménagement du territoire. Celle-ci doit être «au détriment des projets visant à augmenter la capacité routière du Québec».

Le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-MTL), lui, somme la CAQ de revoir la gestion et l’aménagement des stationnements institutionnels dans la métropole.

«Sur l’île, ce sont plus de 500 grandes aires de parking qui comptent plus de 100 places», illustre la directrice générale de l’organisme, Coralie Denis.

De ce nombre, environ 32% auraient des espaces de stationnement institutionnels, trop souvent inutilisés ou laissés vacants selon elle.

La STM en demande plus

Pour le président de la Société de transport de Montréal (STM), Philippe Schnobb, il urge d’investir dans la fiabilité du réseau de bus et de métro de la métropole. Celui-ci évite la présence de 475 000 véhicules supplémentaires chaque jour, selon lui.

«On est à environ 3,9 mégatonnes de GES évitées chaque année en combinant les efforts de toutes les sociétés de transport du Grand Montréal. C’est un point de départ, mais si on veut aller plus loin, il faut comprendre la recette.» -Philippe Schnobb, président de la STM

L’électrification des transports demanderait des investissements majeurs pour réseau de la STM, au-delà du milliard de dollars. Mais le développement du transport collectif peut se faire à plus court-terme, dit Philippe Schnobb.

«60% des GES évités proviennent de la densification de notre réseau, analyse-t-il. Il faut construire des quartiers où on peut se déplacer autrement qu’en auto.»

L’intégration en mobilité, avec CÉLESTE

Le fondateur de Communauto, Benoît Robert, a plaidé pour l’établissement d’incitatifs économiques plus soutenus en matière d’autopartage.

«Ça prend un crédit d’impôt pour les covoitureurs, et aussi des incitatifs plus importants pour l’achat de véhicules électriques dans des parcs partagés», a-t-il avancé.

L’entreprise encourage Québec à soutenir le projet d’intégration modale CÉLESTE. Celui-ci créerait un abonnement pour différents modes de transport, dont le vélo, le métro, le train de banlieue et l’autopartage. En juin, la mairesse de Montréal Valérie Plante disait vouloir «intensifier» la réalisation de ce projet, qui pourrait voir le jour dès 2024.

Le président de Netlift, Marc-Antoine Ducas, appelle à la création d’une compensation financière annuelle pour les usagers du covoiturage. Elle devrait osciller entre 1000 et 1500$.

«Il faut retirer environ 325 000 personnes chaque matin de son véhicule pour atteindre nos cibles, dit-il. Avec une compensation, le coût de la mesure serait remis dans les poches des citoyens.»

«Il y a quatre millions de sièges déjà disponibles dans le Grand Montréal, ce qui correspondrait à doubler la capacité de la STM», considère-t-il aussi.

Québec à l’écoute

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, s’est dit «conscient» mardi des «attentes élevées» envers le PECC. Il a dit vouloir un plan d’action «collectif». En promettant de se baser sur les revendications des différents organismes qui se sont prononcés.

Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, avec ses collègues Jonatan Julien et Marie-Ève Proulx, lors d'une consultation sur l'électrification des transports, le 15 octobre 2019.
De gauche à droite: les ministres Jonatan Julien, Benoît Charette et Marie-Ève Proulx. Photo: Josie Desmarais/Métro

«L’environnement et l’économie peuvent être de pair, surtout quand on sait qu’au cours des prochaines années, plusieurs centaines de milliards de dollars vont être investis dans la lutte aux changements climatiques.» -Benoit Charrette, ministre de l’Environnement

Son gouvernement, qui vise une réduction des GES de 37,5% d’ici 2030 par rapport à 1990, agrandira bientôt les compétences du Fonds vert. L’électrification et les changements climatiques y seront notamment intégrés.

Le PECC paraîtra au début 2020.