Montréal
11:12 28 janvier 2020 | mise à jour le: 28 janvier 2020 à 20:22 temps de lecture: 4 minutes

Voies réservées: Montréal centralise les pouvoirs, des arrondissements frustrés

Voies réservées: Montréal centralise les pouvoirs, des arrondissements frustrés
Photo: Josie Desmarais/MétroDepuis 2013, l’usage de la voiture s’est affaibli d’environ 1% dans la métropole. Malgré tout, 68% des déplacements en heure de pointe du matin sont effectués en véhicule, qui demeure l’option de transport la plus populaire.

Afin d’en multiplier la présence sur son territoire, Montréal créera désormais de nouvelles voies réservées aux bus sur les grands axes sans obtenir l’accord des arrondissements. Un règlement adopté lundi soir, au conseil municipal, retire dès aujourd’hui ce pouvoir aux administrations locales. L’opposition officielle, pour sa part, s’indigne de cette centralisation des pouvoirs «abusive».

«Dans sa façon de planifier les voies réservées, la STM a souvent de la misère à défendre la cohérence d’un axe. Parce qu’il y a des négociations entre plusieurs arrondissements. L’idée, c’est de proposer un grand plan où ce n’est pas chaque voie réservée qui est utile, mais le réseau qui alimente le métro, exo et le REM éventuellement», a expliqué mardi le responsable de la mobilité, Éric Alan Caldwell.

Sans «réorienter la mobilité vers le transport collectif avec des autobus plus efficaces, plus fiables et plus fréquents dans des voies réservées», Montréal n’arrivera pas à régler ses problèmes de congestion, ajoute-t-il.

«On veut offrir des meilleures solutions de mobilité, là où on peut transporter le plus de personnes possibles et faire la différence dans des secteurs mal desservis», -Éric Alan Caldwell, promettant que les arrondissements «seront mis à contribution» malgré tout.

Selon l’élu, la métropole doit savoir «avancer rapidement» en matière de fluidité des déplacements pour «rattraper le retard». «On l’a vu avec l’Enquête Origine-Destination: on n’atteint aucune de nos cibles en transfert modal vers le transport collectif», a renchéri l’élu.

La STM accueille favorablement

Appelée à réagir, la porte-parole de la STM, Isabelle Tremblay, affirme accueillir «favorablement» le règlement de la Ville.

«[Cela] facilitera la mise en place des voies réservées au bénéfice des clients», explique-t-elle. Son organisation doit d’ailleurs publier des indicateurs de performance, incluant ceux des voies réservées, dans les prochaines semaines.

Dans des documents officiels, Montréal ajoute que cette centralisation lui permettra de «planifier et d’établir un réseau intégré et pan montréalais» de voies réservées, de concert avec la STM. L’administration entend ainsi «réduire les délais» d’implantation et rendre la circulation «la plus efficace possible».

Jusqu’ici, le fait de garder ce pouvoir dans le giron des arrondissements contribuait à «alourdir le processus» d’implantation de nouvelles voies, en plus d’entraîner «certaines discontinuités le long d’un axe», ajoute-t-on.

Des arrondissements frustrés

En mêlée de presse, mardi, le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, a vivement condamné ce changement réglementaire. Il déplore que les arrondissements ne puissent plus trancher sur leur propre territoire, alors qu’ils en connaissent les réalités.

«L’administration veut avoir le contrôle pour imposer sa vision unilatérale, partout. Les élus de Projet Montréal sont très dogmatiques, figés dans leur vision des choses et très moralisateurs. Ils pensent qu’ils ont la vérité absolue.» -Lionel Perez, chef de l’opposition

Il invite la Ville à revenir sur sa position. «On doit trouver une adhésion, un consensus. Personne n’est contre les voies réservées, mais ça prend une contre-balance. Les arrondissements doivent aussi avoir leur mot à dire», a-t-il ajouté.

«Les élus locaux seront des spectateurs», a aussi martelé le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa, disant s’inquiéter du manque d’acceptabilité sociale du règlement.

«On est en train de passer outre la particularité des arrondissements, donc des impacts sur la vie des citoyens. Et ce sans les consulter. Ça peut devenir très problématique», a-t-il dit.

Même son de cloche pour le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand. Il dit ne pas avoir confiance en Projet Montréal. «Ils vont abuser du pouvoir massif que ce règlement leur donne. Ça va leur permettre de faire presque n’importe quoi», a-t-il observé.

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