Montréal
14:44 4 février 2020 | mise à jour le: 4 février 2020 à 14:44 temps de lecture: 4 minutes

Caméras portatives: Ensemble Montréal revient à la charge avec plusieurs appuis

Caméras portatives: Ensemble Montréal revient à la charge avec plusieurs appuis
Photo: Archives MétroPlusieurs agents de t

L’opposition officielle à l’hôtel de ville presse de nouveau l’administration Plante d’équiper les policiers de Montréal de caméras portatives à partir de janvier 2021, afin de lutter contre le profilage racial et social.

«Il est grand temps que l’administration Plante cesse de se défiler dans ce dossier», a martelé mardi le conseiller d’Ensemble Montréal dans Montréal-Nord, Abdelhaq Sari. 

Ce dernier est l’auteur d’une motion qui sera débattue le 24 février en séance du conseil municipal. L’opposition réclame que l’administration de Valérie Plante munisse graduellement – «et de façon permanente» – les policiers de la métropole de caméras portatives à partir du 1er janvier 2021.

Projet pilote

«À l’origine, le projet pilote des caméras portatives voulaient rétablir la confiance de la population envers les forces de l’ordre», a rappelé M. Sari. 

L’élu faisait ainsi référence au projet pilote tenu par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de mai 2016 à avril 2017. Pendant près d’un an, 78 patrouilleurs répartis à Lachine, dans le Plateau-Mont-Royal et à Montréal-Nord ont alors porté une caméra portative pour tester la pertinence d’utiliser cette technologie. 

Le SPVM a ensuite présenté en janvier 2019 son rapport sur ce projet pilote. Le corps de police en vient à la conclusion que ce projet pilote «n’a pas permis de démontrer sans équivoque que les caméras portatives favorisent la transparence des interventions policières, consolident le lien de confiance entre le policier et le citoyen et assurent la sécurité des policiers».

Le document mentionne par ailleurs que la Ville devrait débourser 17 M$ pour acheter les caméras portatives et former les quelque 3000 patrouilleurs du SPVM. À cela s’ajouteraient des frais annuels de 24 M$ pour le maintien du système. 

Face à ces constats, Mme Plante a ensuite décidé de s’opposer au port de caméras portatives par les policiers de Montréal.

«Elle s’est pliée aux demandes du service de police en prétextant que ce serait trop coûteux et que les policiers se sentiraient surveiller dans le cadre de leur travail», a déploré mardi M. Sari. 

Rapport critiqué

Le conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, a lui aussi remis en question la facture mise de l’avant par le SPVM pour l’implantation des caméras portatives à Montréal.

«Le coût nous apparaît avoir été grandement gonflé», a déclaré l’élu, qui appuie la motion de M. Sari. 

Dans son rapport, le SPVM mentionne certains enjeux technologiques. Le document souligne notamment que 83 % des enregistrements vidéo produits dans le cadre du projet sont fragmentaires. 

«Ça peut être corrigé par les nouvelles technologies offertes par plusieurs firmes», a rétorqué M. Sari. Sa motion souligne d’ailleurs que de nombreuses villes d’Amérique du Nord, dont Chicago, New York et Calgary, ont intégré avec succès cette technologie à leur corps de police. 

«Dans le combat contre le profilage racial, les caméras portatives, c’est un outil indispensable, autant pour les policiers qui se disent victimes de plaintes non fondées que pour les membres des communautés noires et arabes qui se retrouvent bien trop souvent comme victimes.» -Alain Babineau, conseiller au Centre de recherche-action en relations raciales (CRARR)

Profilage

Selon plusieurs organismes, l’arrivée des caméras portatives au sein du SPVM permettrait de lutter contre le profilage racial et social.

D’après un récent rapport universitaire, les personnes noires et autochtones ont en moyenne plus de 4 fois plus de chances de faire l’objet d’une interpellation policière que les personnes blanches. Les personnes arabes ont pour leur part deux fois plus de chances de subir ces contrôles de routine.

«Pour que le SPVM et la communauté puissent travailler ensemble dans un environnement sain, il faut vraiment qu’il y ait un rapport de confiance», a souligné le président de l’Association Musulmane de Montréal-Nord, Abdelaziz Rzik. 

Une ouverture de la Ville?

En marge de la remise du rapport annuel des actions prises pour lutter contre le profilage racial et social à Montréal, le mois dernier, la Ville avait fait preuve à l’égard de cette demande d’Ensemble Montréal. 

«Nous avons toujours exprimé notre ouverture à reconsidérer les caméras portatives selon l’évolution de la technologie et nous aurons la chance d’en discuter lors du conseil municipal», a d’ailleurs réagi mardi la responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Rosannie Filato.

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