Montréal
05:00 2 mars 2020 | mise à jour le: 1 mars 2020 à 19:47 temps de lecture: 4 minutes

Les boutiques érotiques veulent fermer plus tard

Les boutiques érotiques veulent fermer plus tard
Photo: Pablo Ortiz/Métro

La «survie» financière de plusieurs boutiques érotiques est en jeu si la Ville de Montréal refuse de prolonger leurs heures d’ouverture, prévient l’association qui les représente. Celle-ci s’est procurée les services d’un lobbyiste proche de l’administration Plante.

L’Association des boutiques et vidéos érotiques du Québec (ABVEQ) a mandaté le consultant en développement commercial Glenn Castanheira pour organiser des rencontres avec l’administration de Valérie Plante, a constaté Métro.

M. Castanheira est notamment membre du conseil d’administration de la Corporation de gestion des Marchés publics de Montréal. Il a aussi été candidat pour le parti Projet Montréal en 2017 et a conseillé l’administration Plante en développement commercial après l’élection de la mairesse. Il a récemment ajouté une inscription au Registre des lobbyistes décrivant son mandat pour les boutiques érotiques.

L’objectif de cette démarche est de convaincre la Ville d’adopter un règlement qui permettrait de prolonger les heures d’ouverture de ces commerces partout dans la métropole au-delà de l’heure légale imposée par Québec le weekend, qui est de 17h. Un pouvoir dont l’administration municipale dispose en vertu de son statut de métropole, qu’elle a obtenu en 2017

«Pour les boutiques érotiques, la fermeture à 17h va complètement à l’encontre des besoins des consommateurs. Il n’y a personne qui va dans une boutique érotique un dimanche matin, pour des raisons évidentes», souligne à Métro M. Castanheira.

La loi provinciale qui encadre les heures d’ouverture des commerces prévoit que ceux-ci doivent fermer à 17h le weekend et à 21h les autres jours de la semaine, sauf certaines exceptions.

«Ça n’a pas de logique», déplore la présidente de l’ABVEQ, Édith Arsenault. 

La «survie» des boutiques érotiques

Les boutiques érotiques, qui vendent notamment de la lingerie, des lubrifiants et d’autres objets sexuels, peuvent déjà ouvrir leurs portes plus tard le weekend dans certains secteurs de Montréal, notamment au centre-ville. Selon les calculs de l’ABVEQ, ces commerces réalisent environ 50% de leur chiffre d’affaires du samedi après 17h. Un pourcentage qui s’élève à 35% le dimanche.

«C’est énorme», constate Mme Arsenault. 

Ainsi, les boutiques érotiques qui ne bénéficient pas de cette flexibilité perdent beaucoup d’argent. Mme Arsenault, qui possède plusieurs commerces du genre, a d’ailleurs dû fermer une boutique située à Montréal récemment, en raison de cette contrainte d’horaire le weekend.

«On a vraiment besoin de ces changements réglementaires pour la survie de l’industrie» -Édith Arsenault, présidente de l’ABVEQ

Dans les dernières années, la femme d’affaires a effectué elle-même plusieurs demandes auprès de Québec pour réclamer plus de souplesse dans les heures d’ouverture des boutiques érotiques, en vain. En se concentrant sur Montréal – et en ayant recours aux services d’un expert – elle se montre toutefois confiante qu’elle réussira à convaincre l’administration Plante d’acquiescer à sa demande.

«On pense que les astres sont alignés. L’association a été patiente, compréhensive. Mais maintenant, il faut admettre que le cadre législatif doit être adapté», affirme M. Castanheira.

Comme les disquaires

La demande des boutiques érotiques à la Ville pour prolonger leurs heures d’ouverture fait écho à celle effectuée dans les derniers mois par les disquaires du Mile End, dans le Plateau-Mont-Royal. La remise d’amendes par des inspecteurs du gouvernement à certains d’entre eux qui avaient fermé leurs portes plus tard que 17h le weekend avait causé beaucoup d’indignation. 

Face à la pression des commerçants et de l’opposition officielle, la Ville a finalement décidé, dans les dernières semaines, de prolonger les heures d’ouverture des commerces du secteur jusqu’à 20h la fin de semaine.

«On pense que les commerces, surtout les petites surfaces, devraient avoir le droit d’ouvrir leurs portes quand elles le veulent», estime le porte-parole de MTL 24/24, Mathieu Grondin. 

En faisant preuve d’une plus grande «flexibilité» dans les heures d’ouverture des commerces, la Ville pourrait contribuer à lutter contre les locaux commerciaux vacants sur les artères de la métropole, croit-il.

Appelée à réagir, l’attachée de presse du comité exécutif, Laurence Houde-Roy, a assuré que la Ville «mettra sur pied un règlement complet sur les heures d’ouverture des commerces», sans toutefois fournir d’échéancier.

M. Castanheira, pour sa part, se montre confiant qu’il réussira à obtenir la modification réglementaire réclamée pour les boutiques érotiques «d’ici la fin de l’année».

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