Montréal
14:31 12 mars 2020 | mise à jour le: 12 mars 2020 à 22:57 temps de lecture: 5 minutes

Cartographie des zones inondables: la CMM veut passer à une «nouvelle ère»

Cartographie des zones inondables: la CMM veut passer à une «nouvelle ère»
Photo: François Lemieux/Cités NouvellesLes inondations ont coûté 17 M$ à la Ville de Montréal l'an dernier.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) veut moderniser et revoir la cartographie de toutes les zones inondables du Grand Montréal. Un règlement sera déposé en juin prochain à l’Assemblée nationale, avec pour objectif de passer à une «nouvelle ère» dans la gestion des crues printanières et des inondations.

«Nos cartes vont montrer la hauteur d’eau estimée sur chaque terrain. Ça se fera de manière très dynamique, sur le web en entrant son adresse, explique à Métro le directeur général de la CMM, Massimo Iezzoni. On pense que ça va permettre une réaction beaucoup plus rapide des services de sécurité publique des villes. C’est un outil extraordinaire.»

D’ici la fin de l’année, 29 stations d’observation seront installées à des endroits «stratégiques» autour des cours d’eau jugés problématiques. Des caméras laser mesureront la hauteur d’eau à chaque cinq minutes. Et elles les retransmettront sur le site Internet de la CMM. Dès le printemps 2021, les citoyens pourront aussi consulter les prévisions d’accumulation d’eau pour les trois prochains jours.

Par cette refonte, la CMM misera dorénavant sur la «gestion du risque», en simplifiant la cartographie et en rendant celle-ci plus concrète pour les citoyens, avec un code de couleur notamment.

«Plus la carte est foncée, plus on se trouve dans une hauteur d’eau supplémentaire. Dans le rouge, par exemple, on est à deux mètres d’eau, et il y a un enjeu de sécurité, puisqu’un bébé peut se noyer. Dans le jaune et le blanc, on parle de centimètres d’eau, donc le danger est au niveau du bâtiment», précise le chef de projet en géomatique, Cédric Marceau.

Un système binaire, déplore la CMM

Actuellement, la réglementation provinciale est très «binaire» soutient M. Marceau. «Jusqu’ici, c’était dans une zone inondable, ou non. Maintenant, on est capables de simuler où l’eau s’en va, et quelle hauteur elle a. C’est beaucoup plus nuancé», illustre l’ingénieur de formation.

Environ 600 de ces cartes «dynamiques» auront été produites en date du 18 juin. Elles couvriront l’ensemble des municipalités riveraines du fleuve Saint-Laurent dans le Grand Montréal – une première au Québec. Mais aussi le lac des Deux Montagnes, ainsi que les rivières des Outaouais, des Prairies, des Mille-Îles et Saint-Jacques. La rivière Richelieu sera quant à elle cartographiée d’ici décembre 2020.

«On vient fournir des outils plus perfectionnés. C’est fini les lignes des hautes eaux. On est dans la gestion du risque. Et aujourd’hui, un des risques qu’on priorise, c’est la submersion.» – Massimo Iezzoni, directeur général du CMM

«Ça a changé notre vie»

En 2018, la Ville de Deux-Montagnes a été la première à essayer ces nouveaux outils cartographiques de la CMM, dans le cadre d’un projet-pilote. Ce dernier s’est révélé fort concluant, selon le maire Denis Martin, qui dit avoir constaté des changements «majeurs» depuis.

«Ça a eu un impact immense pour nous. On a eu aucun sinistré en 2019. On a pu protéger nos rives, savoir où l’eau rentrait, et avoir un total de zéro sinistrés en 2019. Ça a changé notre vie», illustre-t-il.

Son administration estime avoir réalisé des économies importantes de l’ordre de 15 M$ l’an dernier, par rapport aux inondations de 2017 qui avaient durement frappé la région. Le maire implore les autorités provinciales d’appliquer le même système sur «l’ensemble du territoire» de Montréal, voire même du Québec.

«Avec une cartographie adéquate, les municipalités vont être capables de calculer le niveau de risque beaucoup plus facilement.» -Denis Martin, maire de Deux-Montagnes

La fin de la ZIS?

Aux yeux de la CMM, l’adoption de cette nouvelle cartographie sera aussi l’occasion «d’entamer un dialogue» avec Québec sur une éventuelle levée de la zone d’intervention spéciale (ZIS).

«C’était nécessaire après les inondations de 2017 et 2019, mais ce dont nous avons besoin maintenant c’est un cadre réglementaire clair et homogène, qui nous permettra de régler les problématiques particulières», illustre le maire Denis Martin.

Jointe par Métro, l’attachée de presse au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), Bénédicte Trottier-Lavoie, apporte toutefois des nuances. «C’est au gouvernement de décider du moment de la levée de la ZIS. Celle-ci sera conditionnelle à l’adoption du nouveau cadre normatif national relatif aux inondations. La décision se fera MRC par MRC lorsque ces dernières auront intégré les nouvelles normes nationales relatives aux inondations dans leur réglementation», indique-t-elle.

Québec fera connaitre ses intentions «sous peu» quant aux actions à poser pour la suite des choses, ajoute Mme Trottier-Lavoie.

Rappelons que les inondations ont coûté 17 M$ à la Ville l’an dernier.

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