Montréal
09:59 23 mars 2020 | mise à jour le: 23 mars 2020 à 15:01 temps de lecture: 4 minutes

Des chercheurs testeront un médicament contre le coronavirus à Montréal

Des chercheurs testeront un médicament contre le coronavirus à Montréal
Photo: Kena Betancur/Getty ImagesLa recherche pour un traitement du Covid-19 continue de manière agressive dans le monde.

Des chercheurs québécois de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) ont entamé lundi une étude qui pourrait être déterminante dans la recherche sur le coronavirus. Leur objectif est d’évaluer si un traitement «à court terme» réduirait le risque de complications pulmonaires et de décès engendrés par la COVID-19.

«Il n’y a pas de doute: c’est une étude qui va faire école, explique à Métro le Dr Jean-Claude Tardif, qui dirige l’équipe de recherche. Ça pourrait instantanément changer le portrait sur la planète, et avoir un effet dramatique sur nos systèmes de santé.»

Avec d’autres spécialistes, le professeur en médecine à l’Université de Montréal (UdeM) étudie depuis plusieurs années les impacts de la colchicine, un type de médicament régulièrement utilisé contre les péricardites. «On cherche à démontrer qu’un anti-inflammatoire assez puissant, comme la colchicine, peut prévenir les décès et les hospitalisations liées à la COVID-19», ajoute l’expert.

Le phénomène de «tempête inflammatoire» serait au cœur de l’étude. En Italie et en Chine notamment, plusieurs patients sont décédés non pas parce que le virus attaquait leurs poumons, mais bien parce que leurs propres globules blancs s’en prenaient à leur système. «C’est ce qu’on appelle en anglais le cytokine storm. Réduire cette inflammation améliorerait la survie des patients», lance M. Tardif.

Jusqu’à 6000 Canadiens seront recrutés par les chercheurs, qui disent vouloir suivre les réactions des participants «durant une période de 30 jours» minimum.

«On a peut-être 1500 infections testées positives, mais il y a probablement beaucoup plus que 6000 infections en réalité au Canada. Avec la rapide augmentation du nombre de tests, il y aura de plus en plus de patients touchés.» -Le Dr Jean-Claude Tardif

Première mondiale

L’ICM salue par ailleurs le travail «admirable» de Santé Canada et de tous les partenaires dans ce dossier. «Ça a pris seulement 24 heures pour avoir l’autorisation fédérale, alors qu’en moyenne, ça prend 30 jours. C’est une première mondiale de partir d’une idée et de lancer une étude en six jours seulement. C’est du jamais-vu», lance le Dr Tardif.

Son groupe de recherche dit vouloir procéder «le plus rapidement possible» pour obtenir une réponse claire. Celle-ci sera d’ailleurs communiquée au grand public dans les heures suivant la conclusion de l’étude, promet-on.

«La beauté de la chose, c’est que la colchicine est déjà disponible dans plusieurs pays. Notre étude pourrait donc éventuellement s’étendre dans le monde», fait valoir Jean-Claude Tardif.

Nommée COLCORONA, l’étude sera supervisée par le Centre de coordination des essais cliniques de Montréal (CCECM). C’est le gouvernement Legault qui la financera en entier. La société pharmaceutique Pharmascience a aussi fourni plus de 200 000 comprimés à l’ICM. Enfin, le groupe CGI a réalisé un outil électronique pour produire le consentement des patients à distance.

Un gouvernement «fier»

Appelé à réagir, le cabinet de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, s’est dit lundi «très fier» de soutenir une étude aussi prometteuse quant à un futur médicament pour le coronavirus.

«C’est une belle responsabilité de donner tous les moyens à nos scientifiques pour trouver des solutions. On va les laisser travailler maintenant.» -Alexandre Lahaie, attaché de presse de la ministre de la Santé

Il ajoute que le gouvernement est heureux de participer à cette «mobilisation mondiale» de la communauté scientifique.

«La bataille est loin d’être terminée toutefois. Ça va demander des mois de recherche», nuance le relationniste.

Des critères liés au coronavirus

Pour être admissibles, les patients intéressés à participer à l’étude devront remplir certains critères d’admissibilité. En plus d’avoir été diagnostiqué positif à la COVID-19, chaque participant devra avoir 40 ans et plus. Aucun patient ne pourra être hospitalisé. Chacun devra aussi être «disposé» à prendre le médicament ou son placebo pendant un mois, sur une base quotidienne.

Deux suivis seront effectués régulièrement par téléphone ou vidéoconférence avec chaque patient-participant. Les femmes ne prenant pas de moyens contraceptifs, celles qui sont enceintes ou encore celles qui allaitent ne seront pas admissibles.

Un numéro dédié à l’étude clinique a été mis sur pied par TELUS lundi. Les citoyens intéressés peuvent composer le 1-877-536-6837 pour obtenir plus de renseignements.

Le site www.colcorona.org pourra aussi renseigner le grand public sur l’évolution de la recherche.

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