Montréal
05:00 1 avril 2020 | mise à jour le: 31 mars 2020 à 20:31 temps de lecture: 4 minutes

Coronavirus: des logements de type Airbnb mis en location à long terme

Coronavirus: des logements de type Airbnb mis en location à long terme
Photo: Josie Desmarais/ MétroUn immeuble dans le quartier Villeray.

La propagation du coronavirus force des promoteurs immobiliers à cesser de se consacrer à la location de logements aux touristes de passage pour miser plutôt sur le marché locatif à long terme. Une situation qui pourrait aider à freiner la crise du logement à Montréal.

«On n’aura pas le choix s’il n’y a plus de touristes qui viennent au pays», confie à Métro un promoteur immobilier qui a préféré conserver l’anonymat. Celui-ci gère une trentaine de logements qu’il loue normalement sur Airbnb. Il a toutefois commencé à offrir certains d’entre eux en location mensuelle, la pandémie du coronavirus ayant fait chuté drastiquement le tourisme dans la métropole

Le coronavirus force la location à long terme

Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un cas unique. Des organismes et des experts ont indiqué à Métro avoir constaté que de nombreux logements meublés à Montréal que les touristes pouvaient autrefois louer sur des plateformes comme Airbnb et Sonder sont maintenant offerts en location à long terme sur certains sites web, comme Kijiji. Certains promoteurs proposent de louer ces appartements pour quelques mois, voire un an.

Le professeur d’urbanisme David Wachsmuth, de l’Université McGill, s’attend à ce que cette crise sanitaire entraîne une «réduction importante du nombre de logements offerts à court terme». L’expert a contribué à une étude publiée l’an dernier selon laquelle Airbnb aurait entraîné le retrait de plus de 31 000 logements du marché locatif à long terme au Canada.

«Certains promoteurs ne pourront pas supporter de ne plus avoir de revenus et vont décider de louer leurs logements sur le long terme», entrevoit M. Wachsmuth. 

Le gestionnaire immobilier Greg Chauve analyse d’ailleurs les options qui s’offrent à lui pour adapter son «plan d’affaires». Il envisage ainsi d’offrir certains des appartements qu’ils proposent notamment aux touristes qui visitent Montréal à des locataires qui cherchent un endroit où se loger pour plusieurs mois.

«Il y a certaines personnes qui avaient un business axé sur le tourisme qui vont se retourner vers la location à moyen et à long terme.» -Greg Chauve, gestionnaire immobilier

Crise du logement

Selon David Wachsmuth, ces bouleversements dans l’industrie touristique pourraient contribuer à lutter contre la crise du logement en augmentant le nombre d’appartements disponibles dans la métropole pour les locataires qui déménageront dans les prochains mois. En 2019, le taux d’inoccupation des logements a chuté à 1,5% dans le Grand Montréal, soit à son taux le plus bas depuis 15 ans.

«J’ai l’impression que beaucoup de ces logements vont être forcés à l’extérieur du marché de location à court terme et n’y retourneront pas, affirme-t-il. Il y a une bonne chance que nous voyons cet inventaire accessible pour le 1er juillet.»

Selon des données compilées par le Front d’action populaire en réaménagement urbain fournies à Métro, il y avait 14 508  logements entiers affichés sur Airbnb à Montréal en janvier dernier. 

«Si l’industrie touristique s’écroule et que les gens cessent de voyager pendant quatre ans parce qu’ils ont peur, ça va changer la donne», analyse aussi le professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Jean-Philippe Meloche. Ce dernier précise toutefois que la location de logements à court terme pourrait également «revenir à ce qu’elle était avant» si le tourisme reprend de la vigueur à Montréal dans quelques mois. 

Par ailleurs, afin que ce transfert de l’offre sur le marché locatif contribue à contrer la crise du logement, encore faut-il que ces appartements soient accessibles aux locataires à faibles revenus, note un organisme.

«Pour le moment, ce qu’on voit, c’est que les logements qui étaient sur Airbnb reviennent sur le marché locatif, mais à des prix exorbitants. Ils ne sont pas accessibles pour de nombreux locataires du Plateau», souligne l’organisatrice communautaire du Comité logement du Plateau-Mont-Royal, Gabrielle Renaud.

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