Montréal
10:37 2 avril 2020 | mise à jour le: 2 avril 2020 à 15:29

Est-il temps de couper Montréal du reste du Québec?

Est-il temps de couper Montréal du reste du Québec?
Photo: Josie Desmarais/MétroUne personne circule devant le CHUM, avec un masque de protection, à Montréal.

Alors que les autorités se font prudentes jusqu’ici sur l’imposition d’une mise en quarantaine à Montréal, plusieurs personnes pressent Québec de procéder rapidement afin de contenir la propagation du coronavirus dans la région. Les experts, eux, semblent relativement divisés sur cette question. Explications.

«On a un gros problème avec ce virus, parce qu’il y a beaucoup de gens qui sont porteurs asymptomatiques, et on n’a pas la capacité de tester toute la population. En confinant complètement Montréal, on s’assurerait de limiter cette transmission au maximum pour éviter d’autres décès», explique à Métro la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (UdeM), Roxane Borgès Da Silva.

Plus de 2000 cas de la COVID-19 ont déjà été recensés à Montréal, en faisant de loin la municipalité la plus touchée au Québec.

Des mesures à mettre en place

Malgré tout, la spécialiste prévient qu’une mise en quarantaine de la métropole s’accompagnerait d’impacts économiques importants et d’une réduction des libertés individuelles que le gouvernement Legault devra prévoir.

«Notre système doit être prêt à faire face aux dommages collatéraux, lance-t-elle. Il va falloir éventuellement réfléchir à un système d’attestation sur honneur des déplacements, un peu comme en France, où chacun indique sur un document la raison de sa sortie. En arriver là demande une préparation importante.»

«Certaines personnes ne comprennent pas l’importance des mesures. C’est pour eux intangible. Il va falloir arriver à cette quarantaine éventuellement» – Roxane Borgès Da Silva, spécialiste en santé publique de l’UdeM

«Pas nécessairement» une obligation

Le son de cloche est toutefois différent du côté de l’expert en virologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Benoît Barbeau. «On semble pour le moment être en-deçà des scénarios les plus pessimistes. Si on continue dans une courbe qui permet de démontrer un aplanissement de la transmission, je pense que la quarantaine ne sera pas nécessairement une obligation», tranche-t-il.

Selon lui, la clé est surtout de limiter par nous-mêmes les déplacements à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. «Ça pourrait être suffisant pour contenir le virus, si les Montréalais suivent à la lettre les recommandations bien sûr», avance M. Barbeau.

«Le problème, c’est que même avec une quarantaine officielle, il y en aura toujours qui vont vivre dans leur petit monde.» -Benoit Barbeau, expert en virologie de l’UQAM

D’ailleurs, un confinement général de la métropole signifie qu’un important déploiement policier devra être mis sur pied, souligne le spécialiste. «Même dans les régions, en ce moment, la réalité c’est qu’ils ne sont pas capables de tout couvrir. Ça prendra les effectifs d’abord», remarque-t-il.

Faire payer les bons comportements?

Pour l’éditrice du magazine Santé Inc, Marie-Sophie L’Heureux, la quarantaine dépendra effectivement de la population. «On veut le plus possible éviter d’avoir à se rendre là, mais si des individus continuent de ne pas respecter les règles de distanciation sociale, il est possible qu’il devienne nécessaire d’y recourir», considère-t-elle.

Si plusieurs citoyens le souhaitent, en arriver à un confinement général serait «dommage», fait valoir Mme L’Heureux.

«Ce serait faire payer les gens qui collaborent le plus, la majorité, pour ceux qui ne respectent pas les règles.» -Marie-Sophie L’Heureux, éditrice du magazine Santé Inc

L’ancienne infirmière de profession appelle les autorités à développer des «escouades» qui expliqueraient aux gens «la nécessité de rentrer chez eux et de se tenir à deux mètres les uns des autres». «Dans toute situation nouvelle, il y a ceux qui adoptent vite le comportement, ceux qui ne l’adopteront jamais et ceux qui sont à mi-chemin entre les deux. Ce sont eux qu’il faut convaincre d’abord», observe-t-elle.

Montréal et le 450

À la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSP), la responsable Mylène Drouin s’est faite catégorique jeudi. «Nous n’allons pas confiner un quartier, car ce n’est pas efficace. Fermer les ponts ne fera pas non plus en sorte de réduire la transmission communautaire», soutient-elle.

Questionné à ce sujet hier, le premier ministre François Legault avait lui aussi été clair. «Non, on ne regarde pas pour confiner l’île de Montréal actuellement. Bien honnêtement, il faudrait le faire pour la CMM et le 450, parce qu’il y a tellement de voyagements», a-t-il noté.

M. Legault s’est dit par ailleurs «totalement en accord» avec la Ville de Montréal sur une fermeture éventuelle des parcs, particulièrement si la distanciation sociale n’y est pas respectée.

«Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée de fermer les parcs. Ça n’a pas de bon sens de voir des gens dans le parc Lafontaine être regroupés. Ça choque les citoyens.» -François Legault, premier ministre du Québec

Valérie Plante, quant à elle, dit vouloir éviter «autant que possible» la mise en quarantaine de sa ville. Mais elle promet de collaborer si cela devenait nécessaire.

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