Montréal
10:54 5 mai 2020 | mise à jour le: 3 juin 2020 à 11:43 temps de lecture: 5 minutes

Un plan de 9,2 G$ pour relancer le transport collectif à Montréal

Un plan de 9,2 G$ pour relancer le transport collectif à Montréal
Photo: Archives MétroLa facture totale de 9,2 G$ devra être financée entièrement par les gouvernements, plaide l’ARTM.

L’Autorité régionale du transport métropolitain (ARTM) veut «accélérer» les projets de mobilité durable en cours, quitte à sauter certaines étapes d’évaluation. L’organisme dévoile un plan d’investissements de 9,2 G$ sur trois ans. Objectif: soutenir la relance de l’économie et, par le fait même, le redémarrage du transport collectif dans la région de Montréal.

«On fait face à du jamais vu. Cette crise a eu des conséquences sans précédents sur l’économie et le transport. On trouvait nécessaire de développer un plan inédit. Cela dit, on va tous devoir s’ajuster avec le temps», explique à Métro le directeur exécutif en planification du transport à l’ARTM, Daniel Bergeron.

Ligne orange et tramway

Le Plan d’actions priorisées en transport collectif, envoyé vendredi au gouvernement Legault, prévoit la réalisation de plusieurs nouveaux projets «à court terme». Parmi eux, la nécessité de prolonger la ligne orange jusqu’à Bois-Franc, pour relier le métro au Réseau express métropolitain (REM), revient au cœur des débats. Au dernier budget, Québec avait écarté l’idée, parlant plutôt d’un prolongement jusqu’à Laval, et d’un axe est-ouest sur la rive-nord. La Ville de Montréal, elle, voudrait «séquencer» le projet en deux blocs, pour favoriser une connexion intermodale.

Dans l’est de Montréal, l’ARTM propose de revoir le projet de tramway de la rue Notre-Dame, pour allonger son tracé jusqu’à Repentigny.

«Il y a un bassin important qui pourrait ainsi se rabattre sur le transport collectif. Ça diminuerait de beaucoup le nombre de voitures sur les ponts, surtout qu’on sait que la croissance démographique y est très importante.» -Benoit Gendron, directeur général de l’ARTM

Jointe par Métro, la porte-parole au cabinet de la mairesse de Montréal, Catherine Cadotte, est sans équivoque. «Le transport collectif est un choix d’investissement parfait pour accélérer la reprise économique, car il stimule l’industrie de la construction, il contribue à la diminution des émissions de GES et il encourage le développement urbain durable», affirme-t-elle.

L’ancien membre du C.A de la STM, Marvin Rotrand, appelle quant à lui l’ARTM «à la prudence». «Rebâtir l’achalandage va prendre du temps, beaucoup plus qu’ils ne le prévoient. C’est un plan beaucoup trop optimiste dans le contexte», dit-il. La crise du coronavirus a déjà engendré des pertes de revenu de 90 M$ pour le transport collectif depuis le mois de mars.

«Sauter des étapes»

En règle générale, l’approbation de grands projets de transport collectif peuvent prendre jusqu’à trois ans. Les dossiers d’opportunités et d’affaires demandent chacun près d’un an à concrétiser, en moyenne.

Pour accélérer les travaux, dans le contexte actuel, Benoit Gendron suggère de «jumeler» certaines étapes pour sauver du temps. «On veut combiner les travaux pour accélérer la mise en place des projets. Le but serait de récupérer l’équivalent d’une année sur trois ans. Ça ne se prête pas à chaque projet, mais il y en a pour lesquels on pourrait carrément sauter des étapes», fait remarquer le directeur général.

«Si on décide de prolonger la ligne orange de deux stations, par exemple, on pourrait directement aller au dossier d’affaires. On n’a pas besoin de faire un dossier d’opportunité», illustre le DG.

Plus de voies réservées

En plus «d’accélérer le financement et la réalisation» des projets déjà autorisés – dont le SRB Pie-IX et du prolongement de la ligne bleue vers Anjou – l’Autorité régionale demande également au gouvernement d’investir 240 M$ dans la construction de nouvelles voies réservées.

À Montréal, les avenues du Parc/de Bleury ainsi que les boulevards René-Lévesque, Henri-Bourassa, Saint-Laurent/Saint-Urbain et Saint-Michel sont jugés «prioritaires». Des voies réservées devraient aussi être implantées sur les chemins de la Côte-des-Neiges et de la Côte-Vertu, souligne-t-on.

«On a évalué l’ensemble des besoins. Ces projets-là sont ceux qu’on pense être capables de réaliser le plus rapidement. Pour être conséquents, il faudra aussi accélérer les chantiers de voies réservées sur les autoroutes.» -Daniel Bergeron, directeur transport à l’ARTM

À Laval, l’ARTM plaide pour une implantation rapide de voies réservées sur les boulevards Le Corbusier et de la Concorde. Idem à Longueuil, sur les axes Cousineau, du Quartier, Rome et Grande-Allée.

L’organisation suggère aussi à Québec d’adopter «un projet de loi spéciale» pour exproprier les terrains nécessaires «à la réalisation de grands projets d’infrastructures publiques». La mesure serait «un atout», dit-on, pour faire respecter les échéanciers dans le cas du prolongement de la ligne bleue.

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