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16:50 6 août 2020 | mise à jour le: 6 août 2020 à 16:58 temps de lecture: 5 minutes

Explosions à Beyrouth: qu’en est-il des matières dangereuses au Port de Montréal?

Explosions à Beyrouth: qu’en est-il des matières dangereuses au Port de Montréal?
Photo: Naomie Gelper/MétroLe port de Montréal.

Est-ce qu’un tragique évènement comme celui survenu au Port de Beyrouth mardi après-midi peut arriver à Montréal? Les deux explosions successives qui ont secoué la capitale du Liban ont amené des questionnements quant aux enjeux de santé et sécurité au Port de Montréal.

Ce sont 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans un entrepôt du port de Beyrouth qui sont à l’origine des déflagrations ayant fait au moins 135 morts.

La directrice des communications à l’Administration portuaire de Montréal, Mélanie Nadeau, confirme la présence de nitrate d’ammonium sur les terrains du Port de Montréal, non pas sur l’île de Montréal, mais plutôt sur les terrains situés à Contrecœur sur la Rive-sud.

Protocoles

Cependant, des protocoles sont mis en place pour assurer la sécurité des opérations, ajoute-t-elle. «Le nitrate est manutentionné sur un convoyeur spécial qui l’emmène vers des dômes spécialement conçus pour ce type de produit», soutient Mme Nadeau.

La manipulation et l’ensemble des opérations sont encadrées par Transports Canada et Ressources naturelles Canada lesquels doivent se conformer à des exigences de sécurité précisées pour chaque type de nitrate d’ammonium.

«Ces exigences de sécurité comprennent, sans s’y limiter, le type de contenant, les documents d’expédition, les indications de danger, la formation et les plans d’intervention d’urgence», indique la conseillère principale en communications chez Transport Canada, Sau Sau Liu.

Concernant les autres matières réglementées au Port de Montréal, Mélanie Nadeau n’a pas été en mesure de donner les détails concernant le nombre de permis délivrés ou tout autre détail pour des raisons de sécurité.

«Aucun entreposage de ces matières n’est permis dans les installations portuaires de Montréal : le délai d’attente pour la manutention étant de 72 heures maximum», a-t-elle précisé.

Le Service de sécurité Incendie de Montréal (SIM) est appelé en prévention lorsque des transferts de matières dangereuses, comme des explosifs se font, affirme le chef de division Service de sécurité incendie, Gordon Routley. «C’est quelque chose qui n’arrive pas souvent, mais c’est la procédure en place», ajoute-t-il.

Des élus réagissent

En voyant les images des explosions, le député provincial d’Hochelaga, Alexandre Leduc, soutient qu’il a pensé au Port de Montréal. «J’ai demandé à mon attachée politique de faire un petit suivi et voir ce qui en est de la sécurité. Quelles genres de matières on transporte dans nos quartiers?», se questionne-t-il.

L’Administration portuaire lui a aussi confirmé que des matières aussi dangereuses que celles qui ont explosé au Liban se trouvaient à Contrecœur, et non à Montréal.

«Que ce soit à Contrecœur ou à Montréal ou n’importe où, c’est inquiétant tant qu’il y a du monde qui habite proche. C’est inquiétant aussi en soi pour les salariés et les travailleurs qui sont dans ce domaine-là», pense M. Leduc.

Le député provincial de Bourget, Richard Campeau, comprend que des citoyens peuvent être inquiets qu’une telle chose se produise ici. «Le risque zéro n’existe pas, mais le Canada et le Québec ont des réglementations beaucoup plus sévères en matière d’entreposage de matières dangereuses», ajoute cependant l’élu de la Coalition Avenir Québec.

Selon le député fédéral de La Pointe-de-l’Île, Mario Beaulieu, c’est au ministre fédéral des Transports et ministre responsable du Port de Montréal, Marc Garneau, de s’assurer que l’administration portuaire de Montréal prenne toutes les dispositions nécessaires pour éviter qu’un tel drame ne se produise dans la métropole québécoise. «Afin de protéger et de rassurer les travailleurs et la population, le ministre doit exiger un état de situation, voir les plans de sécurité et d’intervention et s’assurer de leur validité et de leur efficacité», pense l’élu du Bloc québécois.

«C’est sûr que ces événements nous ramènent à l’esprit l’existence du danger qu’on peut avoir tendance à oublier dans le quotidien.»

-Alexandre Leduc, député d’Hochelaga pour Québec Solidaire

Paliers

Le dernier maire de la ville de Pointe-aux-Trembles, Maurice Vanier, qui a œuvré au sein de l’Association des riverains du Vieux-Pointe-aux-Trembles (ARVPAT) jusqu’en 2017, se rappelle que les réponses du Port de Montréal concernant les risques d’incendie ou d’explosion étaient «satisfaisantes».

«Par rapport à l’acuité du port, les matières dangereuses ou les manières d’intervenir, la situation ne ressemble pas du tout à Beyrouth», émet-il.

Ce qui préoccupe plutôt M. Vanier, ce sont les opérations qui se tiennent en dehors du port.

«Le problème dans l’Est est si on avait quelque chose [impliquant] des matières dangereuses, mais sur l’eau comme tel ou avec des effets terrestres, souligne-t-il. L’harmonisation entre le fédéral, le provincial et les diverses agences, ça a toujours eu un peu de plomb dans l’aile.»

La collaboration entre les différents paliers intéresse également Alexandre Leduc. «Quand les matières sont transférées à des compagnies, est-ce que les mêmes protocoles de sécurité sont maintenus ou est-ce que le Port s’en lave les mains? Ou au contraire est-ce qu’il y a une collaboration entre les entreprises. C’est le genre de questions qu’on a posé au Port et on va continuer à faire le suivi dans les prochaines semaines», émet-il.

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