Montréal
05:30 1 septembre 2020 | mise à jour le: 1 septembre 2020 à 14:08 temps de lecture: 4 minutes

Pistes cyclables: l’instigateur du blogue «Boycott Montréal» victime de menaces

Pistes cyclables: l’instigateur du blogue «Boycott Montréal» victime de menaces
Photo: Archives | MétroDe nombreux chantiers pour la création de pistes cyclables sont à prévoir cet été.

Un des instigateurs du site web «Boycott Montréal», qui vise les commerçants opposés à des projets de pistes cyclables, a fait l’objet de vives menaces dans les derniers jours de la part de citoyens opposés à son initiative. Ce projet soulève aussi des enjeux éthiques en raison de la profession de journaliste de son auteur.

Mercredi dernier, trois citoyens, dont Henri Deschamps, qui utilise un nom d’emprunt, ont lancé un site web pour inciter les Montréalais à cesser de consommer dans des commerces de la métropole ayant fait part publiquement de leur opposition à des aménagements cyclables ou piétonniers. Une initiative prise en réplique à une lettre ouverte signée la veille par plus de 60 commerçants de la rue Saint-Denis opposés au chantier du Réseau express vélo.

Menaces

Les réactions n’ont pas tardé. Rapidement, les instigateurs de la page ont reçu de nombreux courriels haineux sur leur site web. Celui-ci propose aux citoyens qui désirent contribuer à mettre à jour cette page de référencement à envoyer un courriel à partir du blogue. Les commerçants qui désirent voir leur nom retiré de la liste peuvent également faire de même. Ils doivent toutefois fournir une «preuve de prise de position publique» qui montre qu’ils ont changé leur position quant aux projets de réaménagement urbain qu’ils ont critiqués récemment.

«C’est triste que les gens se braquent sans réfléchir. On mériterait d’avoir des débats plus respectueux», déplore M. Deschamps, qui dit avoir reçu des menaces de mort à cause de Boycott Montréal.

«Je ne pensais pas que c’était aussi sensible que ça de boycotter des commerçants qui ont une idéologie différente. Quand il y a un appel pour boycotter de grandes compagnies, personne ne chiale. Mais là, ça n’a pas d’allure», lance le militant. La mairesse de Montréal et Vélo Québec ont aussi critiqué ce blogue, la semaine dernière.

«Il y a des gens d’Abitibi qui m’ont écrit pour me dire que je n’avais pas le droit de vivre alors qu’ils ne viennent jamais à Montréal.» -Henri Deschamps

Un projet «journalistique»

Henri Deschamps est un journaliste qui travaille pour une division de Québecor. Afin de protéger son identité, Métro a accepté de ne pas dévoiler son vrai nom.

«Ça reste journalistique quand même parce qu’on ne fait que dresser un tableau des commerçants qui se sont positionnés contre des aménagements urbains», affirme M. Deschamps, qui espère que ce projet permettra de changer la perception de certains commerçants quant aux pistes cyclables.

«Je sais qu’il y a un côté militant derrière ça, mais en tant que journaliste, je ne me sens pas en faute professionnelle. C’est une information publique changée en une autre», ajoute le journaliste.

Métro n’a pu rejoindre un porte-parole de Québecor, lundi.

Déontologie

Au Québec, il n’existe aucun regroupement obligatoire des journalistes au sein d’un ordre professionnel. Il n’existe ainsi pas de tribunal disciplinaire dédié à sanctionner les écarts déontologiques de ceux-ci.

Il existe un Conseil de presse, mais la seule sanction qu’il impose est de diffuser les décisions du tribunal d’honneur et Québecor n’y participe plus.

Le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), que ses membres s’engagent à respecter, établit toutefois des balises claires autour de cette profession. On y souligne notamment que les journalistes doivent éviter tout conflit d’intérêts ou apparence de conflit d’intérêts.

«Ils doivent éviter tout comportement, engagement ou fonction qui pourraient les détourner de leur devoir d’indépendance, ou semer le doute dans le public», souligne le document, qui rappelle que les journalistes doivent être «impartiaux» et se maintenir «à distance des pouvoirs et des groupes de pression».

La FPJQ a décliné la demande d’entrevue de Métro, lundi.

«Étant donné que nous ne commentons pas publiquement le travail des journalistes, quels qu’ils soient, qu’ils soient membres ou non, j’ai le regret de dire que nous ne donnerons pas d’entrevue sur ce cas particulier», a indiqué la directrice générale de l’organisation, Catherine Lafrance.

Précision

Un paragraphe de cet article a été supprimé, car il semblait associer les menaces de mort reçues par Henri Deschamps à l’auteur du site web «Réunifier Montréal», Nicolas Poirier. Or, ce n’est pas le cas. Nos excuses. 

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