Hochelaga-Maisonneuve
09:58 7 décembre 2020 | mise à jour le: 7 décembre 2020 à 17:42 temps de lecture: 5 minutes

Démantèlement du camp de la rue Notre-Dame

Démantèlement du camp de la rue Notre-Dame
Photo: Josie Desmarais / Métro MédiaDes agents du SPVM procèdent au démantèlement du campement d'itinérants de la rue Notre-Dame.

La Ville de Montréal a entamé ce matin le démantèlement du campement de fortune de la rue Notre-Dame Est. L’intervention s’est déroulée calmement, mais a suscité un certain mécontentement du côté des organismes communautaires œuvrant auprès des personnes en situation d’itinérance.

L’opération menée par le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) a commencé vers 6h du matin. Des dizaines de policiers, dont des membres du Groupe d’intervention tactique (GTI) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), ont été déployés. Un large périmètre de sécurité formé des rues Davidson, Sainte-Catherine, Alphonse D. Roy et Notre-Dame a été déployé autour du campement situé sur des terrains appartenant au ministère des Transports.

Plusieurs sympathisants se sont réunis du côté du côté de la rue Alphonse D. Roy, brandissant des pancartes, face à l’escouade anti-émeute du GTI. Il n’y aurait pas eu d’incident.

Les occupants expulsés du campement devaient être dirigés vers des ressources d’hébergement temporaire.

Accès difficile

Le directeur de Care Montréal, Michel Monette, explique que le protocole qui lui avait été présenté n’a pas été suivi. Selon lui, les intervenants communautaires et les travailleurs de rue n’ont pas eu accès au camp, malgré ce qui était prévu.

Même constat du côté de Laury Bacro, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) et de Catherine Lussier, responsable des dossiers montréalais du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

La porte-parole du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Louise Desrosiers, admet que les intervenants communautaires n’ont pas eu accès au site, mais qu’ils étaient présents en dehors du périmètre pour accueillir les sans-abris escortés par la police.

Ces derniers ont été invités à prendre place dans un autobus de la STM pour être amenées dans des refuges comme l’ancien YMCA sur Hochelaga, mais certains ont préféré refuser l’aide offerte et sont partis de leur côté. Selon M. Monette, plusieurs sans-abris ont également quitté le site avant l’arrivée de la police, à la suite de l’avis d’éviction d’hier.

Une soixantaine de tentes devaient être vidées lors du démantèlement. Les tentes et les sacs contenant les effets personnels des évincés ont été numérotés afin de faire un suivi.

Sébastien Desmeules et l’un de ses amis, tous deux des occupants du camp, ont accepté d’aller au refuge aujourd’hui, mais ils ne le font pas nécessairement de gaieté de cœur.

«Pas bien le choix, si je veux partir le plus conformément possible sans perdre rien, explique Sébastien. C’était le meilleur moyen de faire mes affaires comme du monde, parce que j’aurais transporté mes affaires des heures et des heures et j’aurais été épuisé. Je le suis déjà un peu.»

Son ami préférant garder l’anonymat, explique que le camp commençait à être bien organisé pour passer l’hiver, malgré le froid.

«On se sentait moins perdu dans le campement. C’était devenu notre monde quasiment.» – Un ex-occupant du campement Notre-Dame

Il se désole qu’ils soient tous contraint de retourner dans la rue à la suite de cette éviction. Selon lui, il n’y a pas eu d’arrestations, car tout le monde a collaboré.

Enjeux de sécurité

Samedi matin, une tente dans le campement a pris feu à cause d’une bougie mal installée. L’incident n’a pas fait de blessé, mais dès le lendemain, des représentants de la Ville s’étaient rendus sur place afin de convaincre les résidents de quitter les lieux. Ils étaient accompagnés par des membres du SIM et de quelques agents du SPVM.

Le directeur par intérim du SIM et coordonnateur de la Sécurité civile de l’agglomération de Montréal, Richard Liebmann, avait ensuite ordonné l’évacuation d’urgence du campement de la rue Notre-Dame, qui se trouve sur le terrain du ministère des Transports du Québec (MTQ).

En conférence ce matin, la mairesse Valérie Plante dit avoir été bouleversée d’apprendre qu’une bonbonne de propane aurait pu exploser lors de l’incendie de samedi. Elle considère que l’évacuation du camp était la bonne décision à prendre. Elle assure que les effets personnels des campeurs seront entreposés pour que rien ne se perde.

Laury Bacro du RAPSIM dit comprendre les enjeux de sécurité, mais ajoute que ce n’est pas en repoussant les sans-abris ailleurs dans la ville que les autorités vont régler les problèmes d’overdose et les risques causés par le froid.

Elle croit que la Ville devrait tenter de répondre aux besoins des personnes itinérantes là où elles se trouvent en leur offrant par exemple, des génératrices et des tentes mieux isolées.

Du côté du Chef de l’Opposition officielle de la ville de Montréal, Lionel Perez, il accuse la Ville de manquer de leadership concernant le campement de Notre-Dame en refusant d’agir plus tôt.

 

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