Montréal
05:00 18 mars 2021 | mise à jour le: 18 mars 2021 à 07:14 temps de lecture: 5 minutes

OCPM: trop de commerces, pas assez de logements sociaux dans les Faubourgs

OCPM: trop de commerces, pas assez de logements sociaux dans les Faubourgs
Photo: Josie Desmarais/Archives MétroLe secteur des Faubourgs, à l'est du centre-ville, comprend notamment l'ancienne brasserie de Molson, qui fera l'objet d'un important projet immobilier.

La Ville de Montréal devrait prévoir moins de place pour des commerces dans le secteur des Faubourgs afin de libérer plus d’espace pour la construction de logements sociaux à l’est du centre-ville. La place accordée à l’automobile devrait aussi être réduite au profit des piétons et des cyclistes.

C’est ce qui ressort, en somme, d’un rapport de 178 pages que rend public ce jeudi l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). Celui-ci compte 42 recommandations concernant le projet de programme particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs, que l’arrondissement de Ville-Marie a adopté en mars 2020.

Selon les prévisions de l’administration de Valérie Plante, ce secteur de 236 hectares, qui comprend notamment la brasserie Molson Coors, la tour de Radio-Canada et les abords du pont Jacques-Cartier, devrait accueillir 7500 logements au cours des deux prochaines décennies. De ce nombre, on compterait 1500 unités de logement social, 1250 unités jugées abordables et 500 logements familiaux.

Un risque d’embourgeoisement

Dans les dernières années, les nouvelles constructions à l’est du centre-ville ont surtout pris la forme de copropriétés. Or, la pandémie a rendu les besoins en logements sociaux et abordables «plus criants que jamais» dans ce secteur, qui compte une forte proportion de locataires, note l’organisme paramunicipal.

L’utilisation de logements de grande taille par les étudiants vient aussi limiter l’offre disponible pour les familles, tandis que le manque d’entretien de nombreux appartements contribue à exacerber «l’érosion du parc de logements abordables», peut-on lire.

Les nombreux projets immobiliers prévus notamment sur le site de la Molson et de la tour de Radio-Canada pourraient aussi contribuer à l’embourgeoisement de certains quartiers, comme Centre-Sud. Cela pourrait alors créer une pression à la hausse sur les prix des logements. Une préoccupation que l’OCPM avait déjà soulevé en août 2019.

«Dans ce contexte, la commission considère que le maintien dans les lieux des populations actuelles devrait constituer un des objectifs importants du PPU en matière d’habitation», souligne le rapport.

Pour atteindre cet objectif, l’organisme recommande notamment à la Ville d’utiliser son droit de préemption pour «acquérir des immeubles aux fins de logement social» dans les quartiers existants afin de dépasser la cible de 20% d’unités de ce type qu’elle a prévu jusqu’à maintenant pour ce secteur.

L’organisme souligne aussi la présence de plusieurs lieux publics que la Ville pourrait transformer en projets d’habitation communautaire. «Le site de l’hôpital de la Miséricorde devrait être consacré entièrement à des fins sociales, et particulièrement à de l’habitation sociale et communautaire», propose notamment l’OCPM.

Moins de commerces «au profit de l’habitation»

Le projet de PPU des Faubourgs prévoit par ailleurs de de créer deux nouvelles rues commerciales sur des tronçons des rues De La Gauchetière et Alexandre De-Sève. Or, la pandémie a exacerbé la problématique des locaux commerciaux vacants, en particulier au centre-ville, souligne l’organisme.

D’ailleurs, avant même le début de la crise sanitaire, l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal proposait déjà de limiter la superficie commerciale dans la métropole afin d’éviter qu’il y ait trop de commerces par rapport à la demande.

Ainsi, l’OCPM propose à la Ville de revoir à la baisse ses objectifs en matière de construction de nouveaux commerces et bureaux «au profit de l’habitation». L’organisme ne souhaite toutefois pas que d’immense tours à logements voient le jour dans ce secteur pour autant. Au contraire, il propose à l’arrondissement de limiter les dérogations en matière de hauteur qu’il prévoit permettre dans ce périmètre afin de protéger la vue sur le mont Royal.

Mobilité active

La voiture est reine dans le secteur des Faubourgs, qui est peu convivial actuellement pour les piétons et les cyclistes avec ses grandes artères routières où les pistes cyclables sont peu nombreuses et les trottoirs, étroits. Une situation qui pose des enjeux de sécurité, mais aussi de santé, la congestion routière contribuant à la pollution de l’air dans ce secteur.

«Compte tenu de l’ampleur des travaux proposés sur la trame urbaine et de l’arrivée de milliers de nouveaux résidents et travailleurs, la commission est d’avis qu’il faut repenser la place de la voiture sur le territoire, apaiser la circulation sur les nouvelles rues et ne pas créer d’aménagement pouvant induire plus de circulation de transit», note l’OCPM.

L’organisme recommande ainsi à la Ville de prioriser l’aménagement de voies cyclables et de rues piétonnes ou partagées dans ce secteur afin qu’elle puisse «concrétiser [ses] objectifs de mobilité active». Quant au stationnement, on devrait limiter la place qu’il occupe dans les nouveaux projets immobiliers, recommande l’organisme.

Un effet de «rupture» à cause du REM

L’OCPM se désole d’autre part de ne pas avoir pu se pencher, dans le cadre de cette consultation, sur le projet d’extension du Réseau express métropolitain vers le nord et l’est de la métropole, qui a été dévoilé à la mi-décembre. Les structures aériennes où circulera le train léger pourraient pourtant créer un effet de «rupture» entre le nord et le sud du secteur des Faubourgs, ce qui pose plusieurs problèmes, selon l’organisme.

«Ainsi, les impacts visuels de la structure sur le paysage urbain et le cadre bâti, ceux sur la valeur foncière des propriétés qui se trouveront à proximité de cet équipement de transport, la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine aux abords du tracé sont autant de sujets qui auraient mérité d’être abordés durant la consultation.» -Extrait du rapport de l’OCPM

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, devrait réagir à ce rapport jeudi.

Articles similaires