Montréal
10:32 13 avril 2021 | mise à jour le: 13 avril 2021 à 10:33 temps de lecture: 3 minutes

Vaccination: des travailleurs communautaires se sentent floués

Vaccination: des travailleurs communautaires se sentent floués
Photo: Josie Desmarais/MétroLe centre de vaccination du Stade olympique.

Ils étaient admissibles vendredi, ils ne le sont plus aujourd’hui. Une précision apportée par Québec à sa stratégie de vaccination fait en sorte que des travailleurs communautaires qui se croyaient priorisés pour leur première dose ont perdu leur statut.

La nouvelle avait été bien accueillie la semaine dernière: lors d’un point de presse à Montréal, le ministre de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Christian Dubé, précisait quels travailleurs «essentiels» auraient droit à une dose avant que ne s’enclenche la vaccination de masse. Parmi ceux-ci, les «travailleurs du milieu communautaire».

Vendredi, alors que s’ouvrait la prise de rendez-vous pour ces travailleurs, cette catégorie apparaissait toujours sur le site Web du ministère.

Puis, samedi, sans tambour ni trompette, le MSSS modifiait son libellé. Seuls les «travailleurs des organismes communautaires soutenus par le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC)» pourront accéder au vaccin.

La nuance? Elle est importante, rapporte Marie-Andrée Painchaud-Mathieu, coordonnatrice au Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM). «C’est vraiment très restrictif», constate-t-elle.

Une centaine de groupes dans «l’angle mort»

Le PSOC finance près de 550 organismes communautaires en santé et services sociaux à Montréal. «On peut estimer que près de 2000 travailleurs des organismes communautaires peuvent se prévaloir de la vaccination», a évalué un porte-parole du MSSS dans un échange de courriel avec Métro, mardi.

Or, dans la métropole, il y a «peut-être une centaine de groupes supplémentaires» non soutenus par ce programme gouvernemental, rétorque Mme Painchaud-Mathieu.

«Des groupes dont la mission est dans d’autres ministères, comme en immigration, illustre-t-elle. Ceux qui sont sur le terrain pour convaincre les personnes immigrantes d’aller se faire vacciner ne le seront même pas.»

«Les éducatrices en haltes-garderies communautaires n’auront pas accès au vaccin, alors que les éducatrices en CPE, oui.» – Marie-Andrée Painchaud-Mathieu, coordonnatrice au RIOCM

«Pourquoi?»

Basée à Montréal, la banque alimentaire Projaide ne bénéficie pas du soutien du PSOC. Chaque vendredi, elle fournit des denrées à environ 200 familles.

«On est en contact avec beaucoup de monde», fait remarquer sa directrice générale, Isabelle Tremblay.

L’organisatrice communautaire est médusée. Elle ne peut s’expliquer les modifications apportées en fin de semaine par le ministère, surtout après les annonces de mercredi.

«On se demande pourquoi. Pourquoi? Le travail au quotidien est le même, on est toujours en contact avec les bénéficiaires», lance-t-elle.

Malgré plusieurs relances, lundi et mardi, le ministère n’a pas expliqué à Métro les raisons de ces changements.

«Le MSSS suit de près l’évolution de la campagne de vaccination, afin d’ouvrir la vaccination à de nouveaux groupes, dès que possible», s’est-on contenté de dire. Mme Painchaud-Mathieu, du RIOCM, l’invite à préciser ses intentions.

«On pose des questions à nos instances régionales depuis mercredi passé, signale-t-elle. Elles nous répondent qu’elles n’en savent pas plus.»

Selon les calculs du ministère, la vaccination des travailleurs «à risque» de Montréal prendra «quelques semaines».

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