La Ville blâmée pour la mort d’un pompier
La Ville de Montréal a été blâmée par la Commission de santé et de sécurité au travail (CSST) pour un accident survenu l’été dernier et qui a causé la mort d’un pompier.
Thierry Godfrind est décédé le 13 juillet après avoir été frappé par le véhicule d’incendie qui l’escortait, alors qu’il était en marche arrière, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, selon le rapport de la CSST, déposé mardi.
M. Godfrind est arrivé sur le lieu d’intervention à bord de l’autopompe. Le conducteur a dépassé l’adresse d’environ 100 mètres; les trois pompiers sont donc descendus du véhicule pour rebrousser chemin à pied, pendant que le conducteur amorçait une manœuvre de recul pour se placer tel que requis. M. Godfrind, qui est descendu du côté conducteur, a dû passer derrière le camion en marche arrière. Le travailleur a été frappé par l’arrière du camion. Son décès a été constaté à l’hôpital.
Le fait que le travailleur marchait derrière le camion alors que celui-ci reculait a été identifié comme la première cause de l’accident. Le chauffeur ne pouvait pas voir M. Godfrind, ni contrôler la circulation à l’arrière du camion.
Puisqu’une alarme a été déclenchée après que le conducteur de l’autopompe se soit mis en marche arrière, on peut se demander pourquoi le pompier ne s’est pas écarté du chemin. Ni la CSST ni le service de sécurité au travail de la Ville de Montréal n’ont de réponse à ce sujet.
«On ne peut pas se fier seulement à l’alarme de recul pour la sécurité des travailleurs, s’est contenté de dire Isabelle Lalonde, inspectrice de la CSST. L’employeur doit établir un ensemble de mesures préventives dans les situations de manœuvres de recul des véhicules lourds.»
La CSST a identifié plusieurs déficiences en ce qui concerne l’organisation du travail quand les véhicules d’incendie font marche arrière et blâme en conséquence l’employeur. La commission a relevé des lacunes quant aux directives, aux consignes, à la formation et à la supervision par rapport à ce type de manœuvre.
«Ce manque d’organisation du travail expose les travailleurs à se faire frapper lors des manœuvres de recul de véhicules d’incendie», peut-on lire dans le rapport de la CSST.
La commission estime que l’employeur a agi de manière à compromettre la santé et la sécurité des travailleurs.
Un constat d’infraction a été remis à la Ville de Montréal, pour lequel elle a plaidé non coupable. Le montant de l’amende est confidentiel, mais peut varier entre 15 420$ et 61 680$ pour une première offense, et entre 30 840$ et 154 200$ en cas de récidive.
La CSST a également demandé à l’employeur d’élaborer un plan d’action pour éviter que cette situation tragique ne se reproduise. La Ville a développé un plan, que la commission a approuvé en décembre dernier, et dont les pratiques sont maintenant en vigueur.
Le chef de division pour la santé et la sécurité au travail de la Ville, James Ross, n’a pas voulu se prononcer sur la décision de la Ville de plaider non coupable. «Aujourd’hui, on doit aussi penser à M. Godfrind, à sa famille, à tous ses collègues de travail, a-t-il affirmé. C’est une journée qui nous rappelle ce triste accident.»
M. Ross assure que les mesures de sécurité ont été modifiées afin que les rôles de chaque travailleur à bord d’un véhicule d’incendie soient clarifiés.
Dorénavant, un travailleur ayant la fonction de guide devra obligatoirement intervenir pendant une manœuvre de recul. «Il doit toujours y avoir un guide positionné derrière le véhicule, que le conducteur peut voir clairement dans son rétroviseur, et dès qu’il ne le voit plus, il doit immobiliser le véhicule immédiatement», a ajouté M. Ross.
Selon lui, il s’agissait du premier incident de la sorte à se produire au Service de sécurité incendie de Montréal.