Montréal

Dépendance: bris de service et sevrages mortels à Montréal

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Dépendance à l'alcool. Photo: Istock

Depuis plusieurs mois, la pénurie de main-d’œuvre dans le système de la santé et des services sociaux, exacerbée par la pandémie de COVID-19, entraîne de graves bris de services dans la gestion du sevrage des personnes atteintes de dépendances à Montréal.

Actuellement, 34 des 75 lits et civières dédiés aux personnes dépendantes sont fermés à l’hôpital Notre-Dame ainsi qu’aux centres de réadaptation en dépendance Louvain et Prince-Arthur. La situation a été dénoncée par la présidente du comité des usagers du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal, Bianca Carducci, dans une lettre ouverte publiée mardi.

Le directeur des programmes santé mentale et dépendances du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jason Champagne, explique que ces fermetures sont dues au manque criant de personnel infirmier et d’éducateurs pour intervenir adéquatement auprès des personnes atteintes de dépendances.

En ce moment, 36 personnes vivant avec des problèmes de dépendance attendent d’avoir un lit, indique Bianca Carducci par téléphone. «Les patients en période de sevrage ont absolument besoin d’un soutien médical constant. La rupture de services entraîne des rechutes risquant d’être mortelles», explique-t-elle.

Jason Champagne souligne toutefois que ce problème dû à la pénurie de personnel dépasse Montréal. «Comme CIUSSS, on prend parfois des décisions difficiles comme ça, de fermer des lits, en regardant toutes les options qui sont possibles et en pensant aussi à nos employés», précise-t-il.

Une pénurie qui dure depuis des mois

Les bris de services dans le traitement des dépendances perdurent depuis maintenant des mois dans les trois points de service montréalais. Au service des toxicomanies et de médecine urbaine de l’hôpital Notre-Dame, le nombre de lits en dépendance disponible est passé de 10 à cinq depuis le 26 avril dernier, en raison d’un manque de personnel infirmier de nuit. «Si, demain matin, on embauche une infirmière de nuit, on peut réouvrir nos 10 lits», souligne Jason Champagne. Une seule embauche peut faire la différence, insiste-t-il.

Au service de gestion du sevrage avec hébergement du centre Prince-Arthur, 10 des 28 lits sont fermés depuis le 18 mai dernier en raison d’un manque de personnel éducateur et infirmier. Toutes les civières du service d’urgence dépendance au centre Prince-Arthur sont également fermées depuis le 19 juillet dernier en raison d’une pénurie de personnel éducateur et infirmier. En temps normal, ce service est ouvert 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, soutient M. Champagne.

Finalement, au centre Louvain, seulement 18 des 27 lits du service de réadaptation interne ont été rouverts en août 2020 après la fermeture complète des deux unités de réadaptation interne lors de la première vague de COVID-19. Depuis ce temps, l’offre de service a été réduite à 18 lits en raison du manque de personnel éducateur.

Sans en préciser le nombre, M. Champagne indique que des embauches ont été faites dans les dernières semaines, ce qui devrait permettre de rouvrir à court terme un certain nombre de lits.

Une situation «critique» et «historique»

Jason Champagne reconnait que la situation est «critique». «On n’a jamais vécu ça historiquement, une telle fermeture de services par manque de personnel», dit-il. Or, le nerf de la guerre est le recrutement. Il indique qu’une «cellule de crise» entourant le bris de services en dépendance a été créée au printemps dernier au niveau de la haute direction.

De son côté, Bianca Carducci estime que l’urgence d’agir est tellement «extrême» que le gouvernement devrait intervenir au même titre qu’il l’a fait pour le recrutement des préposés aux bénéficiaires dès la première vague de la pandémie. «Dans notre système de santé, les personnes atteintes de dépendances souffrent d’une réelle stigmatisation. Il s’agit d’une clientèle laissée pour compte à qui on ne consacre pas les ressources humaines et financières adéquates», déclare-t-elle dans une lettre ouverte.    

Par ailleurs, Mme Carducci suggère de trouver des moyens pour sensibiliser les jeunes à l’intérêt de travailler dans ce domaine.

Mardi, le premier ministre François Legault a dit vouloir trouver des solutions à la pénurie d’infirmières. Une pénurie qui fait en sorte qu’il «ne dort pas la nuit», dit-il.

Jason Champagne rappelle que neuf points de services externes spécialisés en dépendance décentralisés ont été ouverts au cours de la dernière année. «Autrement dit, avant, on offrait des services exclusivement à Louvain et à Prince-Arthur. Maintenant, on est partout sur l’île de Montréal. Le numéro à retenir pour les trouver est le 385-1232», ajoute-t-il.

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