Musée des beaux-arts de Montréal: le défi de l'accessibilité
Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) fêtera, en 2012, son centième anniversaire. Inauguré en décembre 1912 sur la rue Sherbrooke, le musée a vu son achalandage passer de 50 000 visiteurs la première année à quelque 600 000, l’année dernière. Le défi de l’accessibilité demeure pourtant l’une des principales préoccupations de la directrice du MBAM, Nathalie Bondil.
Le Musée des beaux-arts de Montréal a d’abord vu le jour sous le nom d’Art Association of Montréal, en 1860. Cela en fait le plus vieux musée du pays. Ses dirigeants sont toutefois loin de vouloir s’asseoir sur les succès passés.
Pour la première fois depuis 1991, le musée a inauguré, cet automne, un nouvel édifice dans l’ancienne église Erskine, située sur la rue Sherbrooke. La construction du Pavillon Bourgie et le redéploiement des collections d’art québécois et canadien ont permis au MBAM de devenir le premier musée du Québec, par l’importance de ses collections et sa superficie.
«Le Pavillon Claire et Marc Bourgie était très attendu et a été extrêmement bien reçu, s’enthousiasme Nathalie Bondil. C’est le seul endroit où on peut aller à la rencontre de l’histoire de l’art du Québec et du Canada, dans un parcours de six étages et une scénographie théâtralisée et très émouvante. On a voulu que cette expérience esthétique parle à l’intelligence, mais qu’elle parle aussi aux sens, à l’émotion. Le pavillon s’offre comme un magnifique cadeau à la communauté, qui peut plonger dans ses racines.»
Car, comme tout bon cadeau, les visiteurs du MBAM n’ont pas à puiser dans leurs économies pour profiter du Pavillon Bourgie et de la collection permanente de l’institution.
«On veut toujours démocratiser l’art, soutient Mme Bondil. La collection permanente est accessible gratuitement depuis 1995 déjà. De plus, nous offrons la gratuité pour les expositions d’art contemporain pour toute la saison. Un audioguide gratuit est aussi offert dans le Pavillon Bourgie. On peut toujours aller plus loin en matière d’accessibilité. C’est même une question de survie.»
À l’ère des téléphones intelligents, des tablettes électroniques et des points d’accès internet sans fil, attirer l’attention des jeunes vers les musées peut représenter un défi de taille. Le MBAM compte ainsi se concentrer sur l’éducation des jeunes, dans l’espoir d’éveiller l’intérêt d’une nouvelle clientèle.
«De gros efforts seront faits pour porter l’éducation plus loin, explique la directrice du MBAM. C’est pour moi un chantier d’avenir. C’est formidable d’avoir de nouvelles salles, un nouveau pavillon, mais il faut que ce soit visité. Des salles vides, ça ne sert à rien. C’est pourquoi il faut enseigner et rendre l’art accessible, surtout à l’heure actuelle, alors que la culture est extrêmement éclatée du point de vue des jeunes à cause de cette révolution informatique. Il y a tout un bagage historique qui se perd.»
Nathalie Bondil souhaite d’ailleurs redonner aux jeunes et moins jeunes le goût de comprendre les images auxquelles ils sont exposés.
«Ce que les musées proposent, ce n’est pas un art pour faire joli, précise-t-elle. L’art nous sert à prendre du recul par rapport au monde dans lequel on vit. La propagande des images, elle existe. On la voit tous les jours en ouvrant la télé. Mais il faut apprendre d’où elle vient cette propagande. Il faut développer le regard critique des gens. On vit dans un fracas d’images et curieusement, il n’y a pas d’éducation pour apprendre à comprendre ce qu’on voit. C’est ce que les musées peuvent aussi offrir.»
Le MBAM doublera à cet effet son espace dédié à l’éducation. Les nouveaux locaux, qui seront aménagés grâce à un don de Michel de la Chenelière, doivent être inaugurés à l’automne 2012. Le musée espère alors doubler le nombre d’étudiants qu’il accueille chaque année. Présentement, quelque 45 000 étudiants fréquentent annuellement le MBAM, qui se voit forcer de refuser l’entrée à plus de 12 000 étudiants en raison d’un manque d’espace.
Un musée par et pour les gens
Le Musée des beaux-arts de Montréal, comme les autres musées du Québec, doit composer avec des budgets restreints.
«Les musées sont en déficit chronique, illustre la directrice du MBAM, Nathalie Bondil. On doit travailler très fort au quotidien pour respecter nos budgets.»
Le MBAM peut compter sur des dons du secteur privé, en plus des subventions du ministère de la Culture de la province. «Heureusement, au Québec, il y a un intérêt très fort pour la culture», souligne Mme Bondil.
C’est d’ailleurs cet intérêt qui a permis au MBAM de devenir le plus important musée du Québec.
«Dès le départ, le musée a été fondé par des individus et non par l’état, explique la directrice du MBAM. C’est pour ça qu’on n’a pas de mandat précis et qu’on a la chance d’avoir autant de variété sur le plan des œuvres. Les fondateurs étaient des gens qui aimaient les arts. Au fil des ans, ils ont ajouté de nouveaux éléments à ceux déjà présents au Musée. Ils ont commencé par intégrer des œuvres européennes, puis ils se sont tournés vers l’art québécois et l’art décoratif.»
Fait à noter, plus de 85 % des œuvres d’art dans la collection du Musée des beaux-arts de Montréal ont été données ou achetées grâce à des dons.