Des manifestants dénoncent la réforme de l’aide sociale
Quelques centaines de manifestants ont contesté haut et fort la réforme de l’aide sociale jeudi à Montréal, malgré les légers assouplissements que la ministre Agnès Maltais avait annoncés mardi.
«Parti québécois, parti de bourgeois!» ont scandé les manifestants devant les bureaux montréalais du parti, après s’être rassemblés à la Place Émilie-Gamelin pour marcher ensemble vers le Complexe Papineau-Lévesque.
La manifestation, organisée notamment par le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), s’inscrivait dans une lignée de contestations à travers la province, jeudi. D’autres rassemblements ont lieu simultanément à Québec, à Sherbrooke, à Chicoutimi et à Rimouski.
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Les manifestants dénoncent les modifications apportées par la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, au règlement d’aide sociale. Les assistés sociaux âgés entre 55 et 58 ans, les parents de jeunes enfants et les toxicomanes fréquentant un centre de désintoxication ne toucheront plus l’allocation supplémentaire de 129 $ à laquelle ils avaient droit. La ministre a annoncé une bonification pour les personnes seules, mardi, mais n’a pas encore avancé de chiffres, ce qui est nettement insuffisant pour les différents groupes opposés à cette réforme.
Tous s’entendent pour dire que ces modifications auront comme effet direct d’appauvrir les plus démunis, même s’ils saluent les démarches de retour à l’emploi prônées par la ministre. «Les gens sont dans la rue aujourd’hui parce qu’on est désespérés, a précisé la porte-parole du FCPASQ, Amélie Châteaubriand. On s’attaque à la capacité des gens de survivre.»
«Je comprends l’idéologie de Mme Maltais de ne pas vouloir échapper personne et d’organiser des rencontres individuelles pour encourager le retour à l’emploi, concède Philippe Richer, un manifestant. Mais en pratique, ce n’est pas réalisable.»
M. Richer affirme avoir travaillé toute sa vie, et s’être retrouvé sur l’aide sociale à 50 ans, après avoir perdu son emploi. Aujourd’hui âgé de 53 ans, il insiste : trouver un emploi après 50 ans est une tâche ardue qu’il n’a toujours pas réussie.
«Et le centre local de l’emploi ne peut pas m’aider, parce que j’ai trop d’études, ajoute celui qui détient un baccalauréat en musique. On n’arrive pas à me réinsérer.»
Pour Julie Vachon, chargée de projet pour le Groupe d’intervention alternative par les pairs, un organisme qui travaille avec les personnes marginalisées, limiter le nombre de jours dans un centre de désintoxication pour les personnes toxicomanes n’a tout simplement aucun sens.
«C’est totalement inhumain, croit-elle. Il est prouvé qu’une personne qui entre en thérapie aura peut-être besoin de plusieurs essais avant de réussir. Une telle mesure n’encourage pas les personnes à s’aider!»
La manifestation s’est déroulée dans le calme, malgré la verve des manifestants. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a signalé aucune arrestation.
Amélie Châteaubriand a toutefois laissé entendre que le gouvernement peut s’attendre à une escalade des moyens de pression, s’il refuse d’abandonner sa réforme. «Cette réforme est intolérable et ne peut pas passer, a-t-elle martelé. Les militants vont prendre des décisions dans les prochaines semaines pour la suite des actions, mais ils n’hésiteront pas à utiliser la désobéissance civile si c’est nécessaire.»