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L’édifice incendié du Vieux-Montréal, témoin d’une époque faste

Édifice William-Watson-Ogilvie
L'édifice en 1891. Photo: Gracieuseté Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Dominion illustrated

L’incendie de la place d’Youville, dans le Vieux-Port, le 16 mars dernier a coûté la vie à sept personnes. Si l’édifice William-Watson-Ogilvie vient d’être le théâtre de l’incendie le plus meurtrier de la métropole en près de 50 ans, il aura été témoin, un siècle auparavant, d’une époque faste pour le quartier et Montréal. Pendant un moment, il fut le siège social de la plus grande minoterie de tout l’Empire britannique, alors que Montréal était pour sa part le plus important port céréalier en Amérique du Nord.

Si au moment de l’incendie, l’immeuble William-Watson-Ogilvie abritait les bureaux d’une firme d’architecture et des logements résidentiels, le site Web officiel du Vieux-Montréal nous apprend qu’en 1890 l’homme d’affaires William Watson Ogilvie achète la propriété. Elle était à ce moment le site de trois magasins construits au milieu des années 1850. Le quartier est alors en transformation depuis les années 1850.

«Avant 1850, c’était un quartier où il y avait encore énormément de résidences. Il y avait aussi des couvents, des communautés religieuses, etc. À partir des années 1850 et 1860, l’activité économique devient de plus en plus importante. Les membres de l’élite, car c’est eux surtout qui vivaient dans le Vieux-Montréal, vont quitter le Vieux-Montréal, pour aller dans des quartiers qui sont plus calmes et qui sont moins perturbés par l’activité économique», indique la professeure d’histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Joanne Burgess.

Le quartier du Vieux-Montréal devient donc de plus en plus un centre important pour les affaires, pour les importateurs, pour les grossistes ainsi qu’un pôle financier autour des rues Saint-François-Xavier et Notre-Dame où on retrouve des banques.

D’abord le siège social d’une minoterie

C’est dans ce contexte que William Watson Ogilvie fait construire, par l’agence d’architectes Hutchison and Steele, l’immeuble qui portera par la suite son nom à l’angle de la place D’Youville et de la rue Port. Une partie de la façade d’un ancien magasin-entrepôt, qui donnait sur la rue du Port, sera intégrée à la nouvelle construction.

L’édifice est conçu pour loger les bureaux de la Ogilvie Milling Company, l’entreprise de la famille Ogilvie qui domine l’industrie meunière au Canada et qui est en voie de devenir la plus importante minoterie du Dominion.

Rappelons qu’une entreprise de minoterie consiste en un établissement industriel pour la transformation des grains en farine. Le commerce et la transformation de céréales en provenance de l’Ouest Canadien est en plein essor et au moment ou Ogilvie aménage son siège social dans l’immeuble William-Watson-Ogilvie, elle est la plus importante minoterie de Montréal.

Nombreuses installations

Outre son siège social, Ogilvie opère d’autres installations dans le secteur.

«Là où se trouve l’enseigne de Farine Five Roses à Montréal, la minoterie qui se trouve là, est l’ancienne minoterie d’Ogilvie», précise Mme Burgess.

À l’entrée du Canal de Lachine, dans le port de Montréal, il y avait à la fois des installations de minoterie pour transformer le blé et d’autres céréales en farine. Il y avait aussi d’immenses silos à blé à grains, comme le silo numéro 5, qui cachaient la vue du fleuve aux passants. Il y avait des installations très importantes pour entreposer, transborder et ensuite transformer la farine et le blé.

«Le commerce de la céréale à partir de Montréal débute au XIXe Siècle, mais devient beaucoup plus important autour de 1900 quand l’Ouest canadien commence à se développer. Des compagnies comme Ogilvie, il y en a d’autres, mais Ogilvie va développer tout un réseau de silos dans les Prairies, dans l’Ouest, au Manitoba, en Saskatchewan. Ils vont donc acheter du blé et le transporter par chemin et aussi par bateau sur les Grands Lacs jusqu’à Montréal», ajoute Mme Burgess.

Ce commerce commence à devenir très important à la veille de la Première guerre mondiale.

«C’est vraiment à ce moment-là qu’on va construire plus de silos. Progressivement, Ogilvie va accroître ses installations, va construire de nouvelles installations, va acheter de nouvelles compagnies», rappelle Mme Burgess.

Apogée

En 1915, en pleine Première Guerre mondiale, Ogilvie, qui en 1902, est devenue la Ogilvie Flour Mills Company Limited, devient la plus grande minoterie de l’Empire britannique.

«Puis, quand on arrive dans les années 1920, c’est un peu une sorte d’apogée de quelque chose qui a commencé plus tôt. Après la guerre, le marché international est vraiment perturbé à cause des effets de la guerre sur l’Europe. Sur les régions qui prennent beaucoup de temps à se remettre de la guerre», explique en outre Mme Burgess.

C’est alors le moment où les exportations canadiennes de blé et de farine qui passent par Montréal vont faire de la Ville le plus grand ou le principal port céréalier de l’Amérique du Nord, sinon du monde, soutient Mme Burgess. L’importance du port de Montréal comme port céréalier atteint son apogée entre 1923 et 1925 selon elle.

Après quoi, la concurrence internationale devient plus sévère, précise Mme Burgess. Le quartier des affaires, de son côté, commencera de se déplacer un peu plus vers le nord, autour de la Place du Canada, au Square Dominion, où on retrouve le siège social de la compagnie Sun Life, à l’époque.

Jusqu’aux années 1930 et 1940, le Vieux-Montréal demeure quand même le cœur, le secteur-clé de la vie économique, fait valoir l’historienne.

Pour des raisons de modernisation des installations portuaires ainsi que d’une expansion impossible à l’ouest, le port de Montréal déplacera ses activités plus à l’est de Montréal. Le quartier du Vieux-Port se transformera plus tard en quartier touristique. L’immeuble William-Watson-Ogilvie sera vendu par la Ogilvie Flour Mills Company Limited en 1946.

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