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Espacement de la collecte des déchets: «une idée à mettre à la poubelle»

Photo: iStock, Thomas Demarczyk

Il ne faut pas espacer la collecte des déchets, pense la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) à l’issue d’un sondage effectué auprès des PME de la province en février dernier. Ces dernières «envoient un message fort» aux municipalités, juge la FCEI, puisque 68% d’entre elles sont d’avis qu’une telle décision ne réduirait pas la production de déchets.

Le 28 mars dernier s’est close une consultation publique de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) au sujet de son projet de Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles (PMGMR) 2024-2031. L’impact qu’aurait l’adoption de celui-ci serait entre autres l’espacement de la collecte de matières résiduelles aux deux semaines dans l’ensemble de la CMM d’ici 2024.

L’opposition au projet de la part des PME et de la FCEI n’étonne pas le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), Karel Ménard. «Les gens sont très attachés à leurs poubelles», dit-il, expliquant que les «réactions épidermiques» sont habituelles quand on demande aux citoyens de changer leurs habitudes en matière de gestion des déchets.

Des craintes liées aux coûts engendrés

À l’issue du sondage de la FCEI, on observe que 76% des petites et moyennes entreprises du Québec craignent une hausse des coûts pour les commerçants souhaitant maintenir un service hebdomadaire. Selon 79% des PME sondées, si une telle réduction des services est approuvée, elle devrait s’accompagner d’une réduction des taxes municipales «équivalente au service réduit».

Le FCQGED est, pour sa part, en faveur de cet espacement de la collecte des matières résiduelles, «si la Ville s’y prend de la bonne manière». Une telle action doit être accompagnée d’une augmentation de la collecte des matières recyclables et des matières organiques, affirme catégoriquement M. Ménard.

La Ville ne doit pas simplement rentrer ça dans la gorge des entreprises et des citoyens. Elle doit leur expliquer pourquoi une telle décision est prise et comment ça fonctionne. Il faut que [les entreprises et les citoyens] embarquent dans la démarche et qu’ils se l’approprient.

Karel Ménard, directeur général du Front commun pour une gestion écologique des déchets

Moins de la majorité, soit 41% des répondants au sondage de la FCEI, sont d’avis que la réduction des collectes de déchets augmenterait l’utilisation du compost et du recyclage. En comparaison, 49% d’entre eux doutent que cela ait un impact positif.

Le directeur des affaires provinciales de la FCEI, Francis Bérubé, invite les municipalités à se «concentrer sur la livraison de leurs mandats premiers» et à faire attention à la réduction des services essentiels.

C’est une proposition de réduction de 50% d’un service municipal envers les citoyens et les petites entreprises. La collecte des déchets fait partie des mandats principaux des municipalités.

Francis Bérubé, directeur des affaires provinciales de la FCEI

Il faut plutôt changer nos habitudes de consommation, insiste toutefois le directeur général du FCQGED. Les PME et les autres entreprises doivent faire partie de ce changement.

Un espacement des collectes de matières résiduelles engendrerait en fait une réduction des coûts. «Si on a accès au bac de poubelles trop facilement, on y met des choses qui ne devraient pas y être», dit-il. Ces matières, en plus d’occuper de la place dans les dépotoirs et sites d’enfouissement, entraînent la perte de matières premières qui, au lieu d’être simplement jetées, pourraient être recyclées, compostées ou réutilisées.

La gestion des déchets est une responsabilité collective, selon lui. Les gestionnaires de PME et d’autres entreprises ont la responsabilité des déchets engendrés par leurs activités. «Les compagnies privées sont responsables des matières qu’elles choisissent d’utiliser», ajoute Karel Ménard.

«Trop longtemps on a pensé que les matières résiduelles disparaissaient. On vit à crédit, et un jour ça va nous tomber dessus», souligne-t-il, faisant allusion aux impacts de la pollution sur les changements climatiques.

Un enjeu de salubrité?

Pas moins de 69% des chefs d’entreprises craignent que la réduction des collectes de déchets engendre des enjeux de salubrité. La FCEI se demande si les municipalités et arrondissements qui envisagent de réduire la collecte des matières résiduelles «ont évalué les répercussions sur le contrôle de la vermine, les odeurs et l’image que cela véhiculera durant notamment les périodes d’achalandage touristique».

Elle souligne également les impacts du projet pilote mis sur pied à cet effet dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Ce dernier a beaucoup fait réagir et a même été qualifié d’«échec» par des élus.

«Sans moyen de réduire leurs matières résiduelles ni de les entreposer, les usagers n’ont pas d’option», s’inquiète la FCEI.

Karel Ménard, du FCQGED, qualifie cet argument d’«épouvantail». En matière de santé, «on devrait essayer de moins produire de poubelles à la base», rétorque-t-il, faisant référence aux impacts que la pollution et les changements climatiques ont directement sur la santé des citoyens.

«Il n’y a pas de site d’enfouissement à Montréal, rappelle M. Ménard. Ce sont donc les habitants des régions où il y en a qui vont écoper de notre mauvaise gestion des déchets.»

Une poubelle, «ce n’est pas censé puer ou contenir des matières en décomposition». Les matières organiques et les résidus alimentaires vont «dans le bac brun», rappelle-t-il. «Si ça pue, c’est parce que les mauvaises matières sont mises dans les poubelles», insiste M. Ménard.

Des applications comme celle de RECYC-QUÉBEC, Ça va où, sont de bons outils pour améliorer le tri des matières recyclables. Le site de RECYC-QUÉBEC peut également être un bon outil.

«C’est toujours la même histoire. On veut tous les services, mais ne rien avoir à payer», critique-t-il. M. Ménard réitère toutefois l’importance de la responsabilité de la Ville et des arrondissements en matière de sensibilisation et de récolte des autres matières.

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