Soutenez

Sortir de l'itinérance, c'est possible

Il y a 12 ans, Gaétan sombrait. Coup sur coup, il découvrait son meilleur ami pendu, perdait son travail et sombrait dans la drogue consommant pour 700 $ de cocaïne par jour. Quatre mois plus tard, il se retrouvait dans la rue.

Aujourd’hui sobre, il s’est trouvé un nouveau toit et s’est même créé un métier pour assurer sa survie : homme à tout faire de la rue Saint-Paul. Métro a suivi «l’ange des parcomètres» pour voir comment la rédemption est possible quand on a touché le fond.

Son surnom, l’homme de 51 ans le tient d’une activité controversée. Il évite aux automobilistes de recevoir des contraventions en remplissant le parcomètre avant l’arrivée des préposés au stationnement. Parfois, en échange, les propriétaires le récompensent. Malgré les poursuites judiciaires, il s’en est toujours sorti. «Je ne sors jamais sans des pièces de 25 ¢ dans mes poches», dit-il.

De la sympathie plutôt que de la pitié

Gaétan a l’entregent qui fait les bons relationnistes. Les agents du SPVM, le postier, les commerçants, les badauds lui rendent presque inévitablement son salut. «Dans mes contacts, j’ai des avocats, des juges, des notaires, des médecins», rigole-t-il. «Mon secret? Je ne veux pas gagner la pitié, mais plutôt la sympathie, confie-t-il. Les gens préfèrent aider quelqu’un qui veut vraiment s’en sortir.»

Comment un récipiendaire de l’aide sociale peut-il manger aux meilleures tables du Vieux-Montréal? «J’échange mes bras pour nettoyer les planchers ou le trottoir devant les restos contre un bon repas pris en cuisine ou quelques dollars.» Depuis qu’il n’abuse plus de la bouteille, le gars est devenu beaucoup plus fiable, ce qu’apprécient les commerçants.

«L’alcool c’est une arme à double tranchant : d’un côté, ça agit comme un médicament en accompagnant ta solitude et ça te permet de supporter le froid, mais de l’autre, ça crée rapidement une dépendance.» L’homme a aussi une mémoire étonnante : «Comme je suis claustrophobe, la dernière fois que je me suis lavé, c’est le 12 mai, quand ma fille est partie en voyage!»

Trois personnalités

Comme bien des gens de la rue, il souffre de séquelles psychologiques, fruits d’une ancienne dépression mal soignée. «Moi, c’est la schizophrénie, affirme-t-il. J’ai trois personnalités. Quand j’oublie de prendre mes pilules, ça m’arrive de m’arracher les dents ou de me pitcher contre un mur sans que je m’en souvienne.»

D’ici 15 ans, Gaétan se voit bien «prendre sa retraite» en Gaspésie, dans une roulotte. Son prochain voyage consistera à se rendre à Rimouski afin de passer Noël en famille et éviter ainsi la détresse de ses collègues de la rue qui n’ont plus personne avec qui réveillonner.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.