Sur les murs gris des quartiers sombres
Et si Montréal devenait une galerie d’art à ciel ouvert? Une ville où le talent des artistes s’exposerait au vu et au su de tous les passants, sur les murs des bâtiments, jour et nuit, 24 heures sur 24? Voilà l’objectif de MU-ART, cofondé en 2007 par Elizabeth-Ann Doyle et Emmanuelle Hébert.
Cet organisme montréalais à but non lucratif s’inscrit dans la lignée de l’économie sociale. Sa mission : «Réaliser des murales en amenant des artistes à collaborer avec des jeunes des quartiers difficiles, âgés de 13 à 17 ans», explique Mme Doyle, historienne de formation.
À l’image de Philadelphie
L’idée a germé dans la tête des deux collègues il y a 10 ans. «Alors que nous étions à Philadelphie avec le Cirque du Soleil, par qui nous étions employées, je suis tombée en amour avec le Mural Arts Program de cette ville américaine. Je me suis dit que Montréal méritait un projet similaire», explique Mme Doyle.
Depuis une vingtaine d’années, cette cité de la Pennsylvanie a favorisé la création dans ses rues de 300 murales. Un circuit est même organisé pour permettre aux touristes d’admirer l’originalité artistique de la cité. Inspirées par ce qu’elles y ont vu, les dirigeantes de MU-ART ont laissé mûrir leur projet, soutenues par leur ancien employeur.
«Nous avons passé une semaine avec les responsables du programme de Philadelphie pour mieux comprendre l’ampleur de la démarche avant de nous lancer», explique Mme Doyle. Et en 2007, la première murale, située sur le boulevard Pie IX, dans le quartier Saint-Michel, a vu le jour, avec l’appui de la Ville.
«Une des conséquences de nos actions est la réduction des graffitis anarchiques à Montréal. C’est pour cela que le site www.operationmontreal.net, dédié en partie à l’enlèvement des graffitis, a voulu s’associer à notre démarche», soutient la cofondatrice, même si l’élimination des graffitis ne relève pas de la mission de l’organisme, plus orienté vers un idéal artistique.
10 murales en 2009
Pour Mme Doyle, la murale est plus qu’une Å“uvre d’art. «Nous devons parfois effectuer des travaux de maçonnerie pour réhabiliter la façade sur laquelle travaillera l’artiste. Ça change le visage d’un quartier», explique-t-elle. Ce fut le cas dans le Quartier Latin, où certains commerçants, qui ont vu se dessiner à proximité de leur établissement les créations artistiques, en ont profité pour embellir leur façade. «Les murales deviennent même des lieux de rendez-vous», précise l’historienne.
Aujourd’hui, à Montréal, MU-ART est fier de ses huit murales. Dix autres sont prévues pour l’an prochain. Mme Doyle et sa comparse politologue Emmanuelle Hébert souhaitent «embellir une ville en manque d’attention urbaine. Les murales sont des Å“uvres d’art à part entière. Ce ne sont pas des reproductions, ni des affiches grand format, ni des publicités. Nous sommes très fières de notre démarche.»
L’historienne rêve de pouvoir un jour faire de Montréal «une galerie d’art à ciel ouvert», sans imaginer atteindre cependant le niveau de Philadelphie.
«Il n’y a pas de culture du mécénat au Québec comme cela peut exister au Canada anglais ou aux États-Unis. Je doute qu’il y ait des entreprises qui financent 3 000 murales à Montréal.»
Mais en attendant, l’objectif est de faire le plus grand nombre de murales possible pour redonner à l’art urbain toute sa noblesse. Et pourquoi pas un circuit touristique dans quelques années?
Plus d’infos : http://mu-art.ca et www.muralarts.org