Montréal-Nord en thérapie
Depuis les récentes émeutes, Montréal-Nord tente d’adopter des mesures qui pourraient résoudre certaines difficultés que subit sa population. Si plusieurs initiatives sont envisagées, la plus prometteuse semble être la thérapie sociale de Charles Rojzman. L’universitaire qui enseigne à Philadelphie et à Nancy a expliqué hier aux élus et aux différents organismes de l’arrondissement la méthode qu’il a pratiquée en Tchétchénie, au Rwanda et dans les banlieues françaises.
«La situation de Montréal-Nord pourrait se dégrader si jamais un environnement favorable à la violence se créait, a lancé d’entrée de jeu M. Rojzman. Il est inutile de proposer des solutions financières et politiques si on ne s’attaque pas aux causes profondes du malaise. Il faut amener les parties qui ne se parlent jamais à dialoguer.»
La méthode de Rojzman repose sur des discussions régulières. «Chaque partie de la société vit dans son monde fermé, avec sa vision, son idéologie et ses préjugés sur les autres. Personne ne connaît la réalité des autres. En partageant leur réalité, leurs reproches et leurs préjugés, les participants seront capables d’identifier leurs responsabilités dans les différentes situations problématiques. Ils pourront ainsi mettre en place conjointement des solutions.»
Des étincelles à prévoir
Toutefois, ce processus ne se fait pas sans étincelles. «Il ne faut pas avoir peur des conflits. Si chacun explique sa position, il est possible de négocier. Le danger existe quand on s’isole dans sa position et ses jugements.»
Bien que séduisante, la méthode dérange aussi nos habitudes idéologiques. «Il faut arrêter de victimiser et de stigmatiser les gens. La réalité est trop complexe pour se résumer aux notions de bien et de mal», ajoute le professeur qui verra bientôt sa méthode mise en pratique à Montréal, comme elle l’a été dans plusieurs banlieues françaises.
«Il faut amener les intervenants à devenir actifs. Il est nécessaire de partir de leurs blocages envers l’autre et de leurs déceptions pour réveiller leur potentiel de coopération», ajoute avec optimisme cet homme qui forme des thérapeutes sociaux en France, en Allemagne, en Suisse, aux États-Unis et bientôt au Québec.
Charles Rojzman explique sa théorie ce soir, à 19 h 30, au 5290, chemin de la Côte-des-Neiges.