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Quand cosmétique rime avec éthique

Marie-Luce Pelletier-Legros, Métro

«Ce que je voulais faire, c’était ouvrir des commerces équitables à la grandeur de la planète», avoue candidement Mélissa Harvey, cofondatrice et présidente de Zorah Biocosmétiques. Au lieu de cela, elle fait dans les petits pots… Mais pas n’importe lesquels! Des petits pots recyclables, sérigraphiés à l’encre végétale  et remplis de produits biologiques, équitables, écologiques et, surtout, faits au Québec.

«Avant Zorah, je ne connaissais rien de l’industrie cosmétique. Plus on en apprend sur ce monde-là, plus on se rend compte que n’importe qui met n’importe quoi là-dedans, comme des parabens, des propylènes glycols…, explique-t-elle. Beau­coup de produits sont des dérivés de pétrole, et les gens se mettent ça dans le visage!»

Des fleurs dans les montagnes
Si Mélissa Harvey Å“uvre maintenant dans les crèmes, les baumes et les hydratants, elle le doit à une série de hasards qui ont bien fait les choses.

À la fin de son baccalauréat en développement et en administration internationale aux HEC en 2003, comme elle baragouine l’arabe, elle s’envole vers le Maroc grâce à l’organisme Alternatives.
«Je suis arrivée là-bas avec mon sac à dos, croyant qu’on allait me prendre en main, prête à développer des stratégies marketing et des sites internet pour des petites entreprises. J’ai dû me débrouiller toute seule, mais j’ai eu un plaisir fou!» raconte-t-elle avec ses grands yeux bleus pétillants et son accent du Lac-Saint-Jean.

Elle se retrouve finalement dans les montagnes du Maroc, dans une coopérative de production d’huile d’argan menacée de fermeture. «Quand j’ai vu ces 70 femmes de 30 à 99 ans assises par terre, fredonnant des chants berbères, occupées à casser des noix d’arganier pour en faire de l’huile, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour elles.»

Des élixirs pour la planète
Ramenant de l’huile d’argan dans ses valises, elle a l’idée, aidée de son amoureux, Richard Morin, le vice-président de Zorah, de faire découvrir cette richesse aux Québécois par l’entremise de cosmétiques tout ce qu’il y a de plus écolos et haut de gamme.

Et c’est là qu’opère la magie de Zorah, comme se plaît à dire Mélissa Harvey. Elle rencontre une chimiste qui lui propose de lui concocter bénévolement ses premiers élixirs, dont la composition dépasse rarement les cinq ingrédients, un record pour l’industrie cosmétique. «Développer un produit cosmétique coûte entre 25 000 et 55 000 $. Elle m’a dit : « Tu me paieras quand tu auras vendu ton premier pot! » Puis, tout s’est mis en place comme des pièces de casse-tête qui s’emboîtent», dit-elle.

Après deux ans de travail acharné, Zorah voit le jour le 1er mai 2007. Depuis, les petits pots de Mélissa Harvey, tous certifiés Québec Vrai, contenant de l’huile d’argan, de l’argile ou «d’autres produits qu’il faut garder secrets» provenant d’une dizaine de coopératives équitables du Maroc, du Brésil, de l’Inde, de l’Europe et du Québec, sont disponibles dans près de 200 points de vente dans la province.

«Il y a maintenant 450 fem­mes qui travaillent dans la coopérative d’huile d’argan au Maroc. Elles se tiennent les épaules droites. Elles sont fières parce qu’elles ont aussi appris à lire et qu’elles peuvent aider leurs enfants, qui vont à l’école attenante à la coop, à faire leurs devoirs», confie-t-elle.  
Ce qu’elle aimerait maintenant, c’est acheter quel­ques terres pour ces coopératives qui l’aident à faire fleurir son entreprise et en prendre d’autres sous son aile. Mélissa Harvey ne parcourt peut-être pas la planète pour ouvrir des commerces équitables, mais elle fait sa part, un petit pot à la fois…

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