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Les erreurs à éviter pour reconstruire Haïti

Le Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle tenait jeudi une première journée d’activité dans le cadre de son colloque Reconstruire Haïti – Horizon 2030, qui se termine vendredi à l’École Polytechnique. Gonzalo Lizarralde, professeur adjoint et directeur du Groupe de recherche IF-grif de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, a mis en lumière les erreurs à éviter dans la reconstruction d’Haïti, un projet qui devrait s’étaler sur près de 20 ans.   

Éviter l’étalement urbain
«Les ONG [organisations non gouvernementales, NDLR] et les municipalités vont chercher, comme cela s’est fait en Turquie, au Honduras et au Salvador, à acquérir les terrains les moins dispendieux, situés en périphérie [des villes touchées], pour y installer les populations, a expliqué Gonzalo Lizarralde. Cette décision serait une erreur. Les populations se retrouveraient éloignées des services de base et de leurs réseaux sociaux. Il faudrait repartir à zéro. Pour des mères monoparentales, une telle réalité est très difficile à vivre et les empêche souvent de travailler, puisqu’elles n’ont nulle part où faire garder leurs enfants pendant la journée.»

Simplifier
«Après chaque catastrophe naturelle, il y a toujours une dizaine d’ingénieurs et d’ONG qui disent avoir la dernière solution technologique qui va permettre de résoudre tous les problèmes, a ironisé M. Lizarralde. Mais il ne faut pas oublier que la dernière solution technologique, ça ne marche pas. Si on comprend la complexité de la situation et qu’on la traite correctement, les gens vont aimer les projets qui seront mis sur pied et vont les adopter. Plus les gens adopteront un projet, plus la densité de population sera importante et plus il y aura d’emplois créés, d’infrastructures construites et de services offerts. Les tentes en plastique, oubliez ça. Ce n’est pas comme ça qu’on va reconstruire Haïti.»

Centraliser les projets et les décisions
«Les ONG et les municipalités vont toujours chercher des compagnies qu’ils connaissent pour leur fiabilité pour lancer des projets de reconstruction, a indiqué le professeur. Les investissements se retrouvent donc concentrés dans les mains de trois, quatre ou cinq acteurs et n’arrivent jamais aux gens touchés. Il faut décentraliser les investissements et s’assurer que l’argent aille sur le terrain.»

Répéter le modèle «idéal»
«Dans un an, le Téléjournal va retourner en Haïti pour voir où en est la reconstruction, a avancé Gonzalo Lizarralde. Je peux vous garantir qu’on n’aura pas encore commencé la reconstruction. À ce mo­ment, les médias vont se tourner vers les ONG pour leur demander pourquoi rien n’ a été fait. Les ONG vont alors se dépêcher de cons­truire des maisons et des salles de classe en série. On va répéter des solutions mal adaptées sous prétexte qu’il faut aller vite. On doit éviter ça.»

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