Des erreurs ont été commises avec BCIA, admet Yvan Delorme
Le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Yvan Delorme, a admis que des erreurs administratives ont été commises dans le dossier de BCIA, mais il s’est défendu d’avoir fait preuve de favoritisme.
«Je connais Luigi Coretti, [le patron de BCIA]. C’est une connaissance professionnelle», a-t-il affirmé vendredi devant la Commission de la sécurité publique.
En septembre 2006, la firme BCIA a commencé à surveiller le quartier général du SPVM non pas grâce à un appel d’offres, mais en acceptant une cessation de contrat de l’Agence d’investigation et de sécurité Unique. Le contrat devait se terminer le 31 décembre 2007, mais il comportait une option de prolongement d’un an.
Le comité exécutif de la Ville de Montréal a approuvé la cessation du contrat, mais il n’a pas été consulté lorsqu’il est venu le temps de prolonger le contrat et de le majorer. Le chef de police a accepté que BCIA reste en poste – malgré l’absence de contrat – en se basant sur les recommandations des différents services du SPVM. «Je ne me fie pas à des rumeurs, je me fie à des faits», a-t-il insisté.
Le SPVM a entamé en 2008 le processus devant mener à l’octroi du contrat. L’agence de sécurité Cartier a remporté l’appel d’offres, mais elle a rapidement demandé que le coût de ses services soit augmenté, ce qu’a refusé le SPVM. Celui-ci s’est tourné vers le deuxième soumissionnaire conforme qui était BCIA. Des procédures administratives ont occasionné par la suite de nombreux délais avant l’octroi du contrat. La faillite de BCIA fait en sorte qu’encore aujourd’hui le contrat n’est pas accordé.
Depuis la fin du contrat, le 31 décembre 2008, BCIA est payé à tous les mois grâce à des bons de commande émis par le SPVM. En 2009 seulement, l’entreprise de Luigi Coretti a reçu 936 000$ pour ses services sans qu’un contrat lui soit officiellement octroyé.
Un comité de suivi a été mis sur pied par le SPVM afin que ce genre d’imbroglio administratif soit évité à l’avenir.
Pas de démarchage?
Le chef de police Yvan Delorme a indiqué qu’il ignorait que des hauts gradés du SPVM recommandaient des policiers en service ou à la retraite à l’entreprise BCIA. «Je n’ai jamais vu de démarchage, a-t-il fait savoir. Tous les services de police sont une pépinière pour les agences de sécurité privées». Le maire d’Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, a rappelé que M. Delorme avait dit le contraire lors d’une précédente séance de la Commission de la sécurité publique, ce qu’a nié M. Delorme.
L’opposition critique le laisser-aller
Vision Montréal a vivement critiqué le «laisser-aller» dont a fait preuve le SPVM dans le dossier de BCIA. La chef de l’opposition, Louise Harel, a indiqué qu’une réflexion doit être entamée sur ces agences privées qui surveillent des bâtiments publics. Elle a aussi demandé que le prochain chef de police soit choisi de façon ouverte et transparente.
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a déploré de son côté les liens trop étroits entre les agences privées de sécurité et les autorités publiques. «Étant donné que vous avez maintenu votre confiance en ce rapport à mes yeux malsains entre le secteur privé et le secteur public, je suis au regret de vous dire que je vois d’un bon Å“il que vous preniez votre retraite», a-t-il dit au chef de police.