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Kahnawake vue d'un autre œil

La métropole abriterait, d’après Statistique Canada, près de 17 000 autochtones. Un chiffre que certains trouvent sous-évalué. C’est notamment pour tordre le cou aux préjugés selon lesquels les autochtones seraient pauvres, alcooliques et forcément en phase avec la nature que l’organisme L’Autre Montréal proposait, dimanche dernier, une visite intitulée Les autochtones et la ville.

Différence et lieux communs
Le Québec compte 11 na­tions autochtones qui connaissent chacune une réalité bien spécifique, explique Catherine Browne, notre guide. Il y aurait ainsi autant de différences entre un Inuit et un Cri qu’entre un Islandais et un Grec. C’est pourquoi la situation qui prévaut dans la réserve mohawk de Kahnawake ne ressemble  pas à celle de Betsiamites, sur la Côte-Nord.

Néanmoins, lorsqu’on parcourt les rues de cette réserve de 8 000 âmes située à 15 minutes de Montréal, certains préjugés en prennent pour leur rhume. Mis à part les kiosques à cigarettes et les panneaux de circulation rédigés en mohawk, on pourrait très bien être dans une petite ville de banlieue.

En lisant les noms sur les pierres tombales du cimetière catholique de la réserve, on remarque des patronymes peu familiers. Beaucoup de Mayo (anciennement Mailloux) ou de Diabo (d’Ailleboust) reposent ici. Les noms français ont plusieurs origines. «Au 18e siècle, des habitants de Kahnawake ont adopté des enfants illégitimes abandonnés par les colons», explique Catherine Browne.

Pour les noms à consonance anglaise, les explications sont différentes. «À l’époque des escarmouches avec le Sud, les Iroquois (dont les Mohawks font partie) avaient l’habitude de ramener des prisonniers avec eux et de les incorporer à leurs tribus», ajoute-t-elle.

Casinos virtuels
Les temps ont bien changé depuis. Les cigarettes ont remplacé le calumet, et les  chevaux ont cédé la place aux quatre roues motrices. La réserve, qui compte de nombreux commerces et entreprises, est l’une des plus prospères du Canada.

Le symbole de cette réussite, c’est le Business Complex River Road. On y trouve le très actif organisme Femmes autochtones du Québec, mais aussi l’entreprise qui hébergerait les serveurs de certains des casinos virtuels les plus achalandés du web.

Mais au-delà de cette relative prospérité, tout n’est pas rose, comme on le constate à la lecture de l’Eastern Door, fondé en 1992. En 2010, les pages du journal ont reflété les conflits qui déchirent la communauté lorsqu’il s’agit de déterminer qui a le droit de vivre à Kahnawake. Vingt-six personnes sont menacées d’éviction, car elles n’ont pas le statut d’Indien.

Une petite anecdote pour finir. La bibliothèque a été construite en 2002, après qu’une fillette de
13 ans eut écrit une lettre pour se plaindre de ne pas trouver d’ouvrages pour étudier. «Aujourd’hui, elle serait diplômée de la prestigieuse université de Yale», raconte notre guide. L’année prochaine, elle entrera à Harvard.

Les racines d’un conflit
En 1990 éclatait la crise d’Oka, un conflit de deux mois à propos de terres revendiquées par les Mohawks sur lesquelles la ville avait autorisé l’agrandissement d’un golf. Et si les sulpiciens étaient en partie responsables de cette crise?

Au 17e siècle, les prêtres sulpiciens remplissaient, en plus de leur rôle de missionnaires, celui de gestionnaires des terres. Ce sont eux qui, en 1670, ont fait venir certains Iroquois sur les flans du Mont-Royal pour qu’ils défrichent et habitent l’endroit. Après 20 ans, les sulpiciens demandent aux Amérindiens de quitter les lieux, pour s’établir dans le nord de l’île.

Après 10 ans, le même manège recommence. On propose cette fois aux Iroquois de s’installer sur des terres près du lac des Deux-Montagnes (la ville d’Oka n’existait pas à l’époque).

Les sulpiciens leur ont promis des terres… mais n’ont jamais voulu, par la suite, leur reconnaître des droits sur celles-ci. Bref, les Iroquois s’en sont fait passer une p’tite vite, et 300 ans plus tard, la situation envenime encore les relations entre les autorités et la communauté mohawk de Kanesatake. Les Mohawks de cette réserve reçoivent l’appui de ceux de Kahnawake, qui eux aussi ont des revendications territoriales.

Les autochtones et la ville
Prochaine visite le 5 septembre
www.autremontreal.com

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