Lock-out au port de Montréal: les débardeurs se sentent floués
Le port de Montréal est presque entièrement paralysé depuis ce matin. Un lock-out décrété par l’Association des employeurs maritimes (AEM) à l’endroit des débardeurs du port a entraîné l’arrêt de toutes les activités, sauf dans les terminaux céréaliers. Près de 900 syndiqués se retrouvent sur le trottoir.
«Ce lock-out est inutile et injustifié, a clamé le conseiller syndical des débardeurs, Michel Murray. Les négociations se déroulaient rondement, la partie patronale nous avait même dit qu’une nouvelle rencontre aurait lieu jeudi ou vendredi. Juste avant d’apprendre qu’un lock-out avait été décrété, nous avions décidé de suspendre notre deuxième vague de moyens de pression. Nous avons l’impression de nous être faits flouer.»
Ces nouveaux moyens de pression, qui auraient eu pour effet de ralentir le travail des débardeurs, se seraient ajoutés à la grève du temps supplémentaire, qui était en vigueur au moment du déclenchement du lock-out.
Selon l’AEM, les débardeurs avaient déjà commencé à accentuer leurs moyens de pression. «L’augmentation des moyens de pression a créé de l’incertitude, a expliqué Gilles Corriveau, porte-parole de l’AEM. Le milieu maritime a beaucoup de difficulté à vivre avec l’incertitude. Déjà la semaine dernière, des bateaux ont été déroutés vers New York et Norfolk. Les compagnies n’ont pas voulu prendre de chance.»
Trois rencontres de négociations ont eu lieu au cours des derniers jours. Puisque celles-ci n’ont pas mené à une entente, l’AEM a jugé n’avoir d’autre choix que de décréter un lock-out. Les débardeurs sont sans contrat de travail depuis décembre 2008.
La sécurité d’emploi en cause
Au coeur du conflit au port de Montréal se trouve un programme de sécurité d’emploi et de revenu, obtenu par les débardeurs en 1970.
Ce programme garantit aux syndiqués un emploi et un revenu équivalent à 40 heures de travail par semaine, peu importe le nombre d’heures réellement travaillées.
L’année dernière, ce programme a coûté 12 M$ à l’Association des employeurs maritimes (AEM), qui estime qu’il est temps de revoir cette mesure «qui ne peut plus être tolérée, particulièrement en temps de crise économique».
Cette affirmation a fait sursauter le conseiller syndical Michel Murray. «À entendre les employeurs, on croirait qu’il y a 900 débardeurs qui sont payés à rien faire chaque jour, a-t-il affirmé. Mais en réalité, les débardeurs ne sont payés que de cinq à sept jours par année, en moyenne, par le programme de sécurité de revenu.»
Selon l’AEM, le programme de sécurité d’emploi et de revenu pourrait être viable si le nombre d’employés qui y sont admissibles était réduit de 107.
Pour le moment, aucune rencontre de négociation n’est prévue entre l’AEM et les débardeurs. La partie patronale n’entend pas reprendre les discussions avant que le syndicat accepte de cesser ses moyens de pression pendant quelques mois.