L'appel d'offres de la STM est une mauvaise nouvelle
Le professeur de management et de technologie de l’Université du Québec à Montréal Mehran Ebrahimi est catégorique : la décision de la Société de transport de Montréal de lancer un nouvel appel d’offres pour l’achat de voitures de métro est une mauvaise nouvelle pour la société québécoise. Le consortium Alstom-Bombardier représentait le meilleur choix, selon lui.
Québec a-t-il fait une erreur lorsqu’il a autorisé la STM à négocier de gré à gré avec Bombardier en 2006?
Non seulement ce n’était pas une erreur, mais c’était la chose à faire. Bombardier demeure le meilleur choix. Sur le plan technologique, Bombardier et Alstom sont indiscutablement le meilleur choix. Ce sont deux compagnies qui ont un carnet de route impeccable. Ils maîtrisent la technologie. Ils ont plusieurs métros dans le monde qui fonctionnent sans aucun problème. Sur le plan de l’intérêt public, un contrat de cette envergure générerait près de 10 000 à 12 000 emplois, dont 4 000 emplois directs, ce qui représenterait des revenus à la société. Autre élément à ne pas négliger: nous avons une expertise dans le domaine. Si on n’a pas de contrat et que l’usine de Bombardier ferme, cette expertise disparaîtra alors que c’est un secteur stratégique dans les économies industrialisées.
La publication de l’appel d’offres allongera-t-elle les délais pour aboutir au même résultat?
Ça dépend. Si on regarde l’aspect comptable, peut-être que la proposition de CAF est supérieure dans la mesure où il prétend que ses voitures sont 15 % moins chères. Toutefois, CAF a l’habitude de promettre beaucoup et de livrer peu. Pour le métro de Washington, CAF avait promis qu’il avait la technologie, mais elle n’est pas à la hauteur puisque cinq wagons ont déraillé. À Houston, CAF a promis beaucoup de choses, mais il n’arrive pas à livrer ce qu’il a promis. Il tente de renégocier pour réduire les exigences techniques. CAF ne maîtrise pas le métro sur pneumatique.
L’appel d’offres, ce n’est pas une bonne nouvelle…
Pour moi, ce n’est pas une bonne nouvelle. On a dépensé quand même plus de 20 M$ pour en arriver là. Bombardier a dépensé plus de 10 M$ pour répondre aux exigences spécifiques de la STM. C’est rare que je prends des positions aussi convaincues, mais il faut aller de l’avant avec le projet de Bombardier.
Le prolongement du métro n’est pas compromis
Même si le renouvellement des voitures du métro de Montréal a été retardé en raison du nouvel appel d’offres que doit lancer la Société de transport de Montréal (STM) cet automne, le projet de prolongement du métro n’est pas compromis. Le gouvernement du Québec avait annoncé en 2009 l’ouverture d’un bureau de projet chargé d’étudier le prolongement du métro de Montréal. Les travaux de ce bureau, qui dispose d’un budget de 12 M$, ne sont pas compromis par la saga des voitures de métro.
«Le nouvel appel d’offres n’aura aucune influence sur les travaux du bureau de projet, a confirmé Jolyane Pronovost, l’attachée de presse de la ministre des Transports, Julie Boulet. Le prolongement du métro est un projet à long terme. La STM devrait avoir reçu ses nouvelles voitures d’ici là.» Selon les premières estimations, la mise en service de nouvelles stations de métro ne devrait survenir qu’à partir de 2020. Seule la ligne verte ne devrait pas être touchée par des travaux de prolongement.
La fiabilité inquiète
La décision de la Société de transport de Montréal (STM) de relancer un appel d’offres international pour le renouvellement de ses voitures de métro inquiète Transport 2000. L’association de défense des droits des usagers estime que la fiabilité des voitures MR-63 et MR-73, qui ont été livrées à la STM en 1966 et 1976, ne pourra être garantie à compter de 2013.
«Nous savons que la STM ne mettra pas en péril la sécurité des passagers, mais elle ne pourra pas garantir la fiabilité du service dans deux ou trois ans, a indiqué le directeur général de Transport 2000, Normand Parisien. Les ralentissements de service et les pannes seront de plus en plus nombreux à partir de 2012. Et les usagers vont devenir les otages du système.» Le ministre de l’Agriculture et député de Kamouraska-Témiscouata, Claude Béchard, souhaite aussi que la construction des nouvelles voitures commence rapidement. «Il ne faut pas attendre qu’il y ait une catastrophe ou que le métro tombe en panne pour agir», a-t-il affirmé en point de presse.