Mammographies: mécanismes de contrôle de la qualité exigés
Lancé en 1998, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) connaît, depuis quelques années, d’importantes lacunes, selon Jean-Pierre Ménard. L’avocat spécialisé en responsabilité médicale a demandé au ministère de la Santé et au Collège des médecins de mettre sur pied des mécanismes de contrôle afin d’assurer la qualité des mammographies et de leur lecture.
Me Ménard a présenté mercredi les cas de trois patientes dont les mammographies ont fait l’objet de lectures erronées. Pour deux d’entre elles, Micheline Lalonde et Louise Barrette, le diagnostique tardif a mené à des traitements beaucoup plus invasifs que ceux qui auraient été nécessaires si le cancer avait été découvert plus tôt. Ces patientes poursuivent actuellement les radiologistes Raymond Bergeron et Nabil Antoun. Pour la troisième, Monique Lacasse, la mauvaise lecture effectuée par un radiologiste de la clinique Imagix, de Brossard, a été fatale. Me Ménard étudie la possibilité d’intenter des poursuites contre le radiologiste responsable de l’erreur.
Une douzaine d’autres dossiers pilotés par Jean-Pierre Ménard sont aussi à l’étude et pourraient faire l’objet de recours judiciaires. «Le contrôle est insuffisant, inexistant ou inadéquat, a indiqué Jean-Pierre Ménard. En ce moment, les contrôles de qualité portent essentiellement sur les équipements. Le système ne fonctionne pas comme il devrait.» Jean-Pierre Ménard a appelé le ministère de la Santé et le Collège des médecins à mettre sur pied un programme de contrôle de la qualité.
La coalition Priorité cancer a appuyé cette demande. «On parle d’un problème de fond et ce ne sont pas les tribunaux qui pourront le régler, a affirmé Me Ménard. C’est aux autorités publiques à faire le travail.» La responsable du PQDCS, la Dre Marie Rochette, a tenu à corriger les informations diffusées par Jean-Pierre Ménard. «Il existe plusieurs mécanismes de contrôle de la qualité, certains sont là depuis le début, d’autres ont été ajoutés avec le temps, a-t-elle précisé. Ces mécanismes sont peut-être perfectibles, mais ils existent. Nous travaillons d’ailleurs avec le Collège des médecins et les radiologistes pour les perfectionner.»
Le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, n’a pas apprécié la sortie de Me Ménard. Selon lui, l’avocat généralise à partir de la douzaine de cas qui ont été portés à son attention. «Me Ménard ne voit que la pointe de l’iceberg, a-t-il expliqué. Il ne voit que les cas qui ont été manqués. Mais ces cas font partie de la marge d’erreur de 5 % qui est attendue dans tous les programmes de dépistage.»
Les demandes
Les trois victimes d’erreurs de lecture de mammographies et leurs proches ont fait plusieurs demandes afin d’assurer un contrôle de qualité.
- Contrôle de la formation et mise à jour des radiologistes et du personnel des cliniques
- Relecture au hasard d’un certain nombre de mammographies pour valider la qualité de la lecture qui en a été faite
- Inspection sans préavis des cliniques dans lesquelles des mammographies sont effectuées et analysées
- Déclaration obligatoire aux patientes de toute erreur de lecture des mammographies
- Création d’un programme par le ministère de la Santé pour assurer le contrôle de la qualité
- Implication du Collège des médecins dans la mise en application du programme
- Rappel de toutes les mammographies qui ont été interprétées par des radiologistes qui ont cessé volontairement de pratiquer la suite de plaintes de patientes