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Le CHUM: «Tirer le maximum d'une mauvaise décision»

Pendant sept ans, Robert Lacroix et Louis Maheu ont été au cÅ“ur de la saga du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), à titre respectivement de recteur de l’Université de Montréal et de représentant de l’Université au sein des instances du CHUM. Cinq ans après avoir quitté le bateau, les deux hommes proposent le livre Le CHUM : une tragédie québécoise, en librairie demain. Métro s’est entretenu avec les deux auteurs qui, à travers leur analyse, espèrent susciter une réflexion qui permettra d’éviter d’autres feuilletons à l’image de celui du CHUM.

Pourquoi avoir choisi de consacrer trois ans et demi à l’écriture d’un livre sur la saga du CHUM?
Robert Lacroix :
On a passé sept ans dans l’Å“il du cyclone. On voulait comprendre nous-mêmes ce qui s’était passé. Au fur et à mesure qu’on avançait dans nos recherches, on s’apercevait que le CHUM est vraiment un cas à part.
Louis Maheu : Le livre n’est pas une contestation de la décision qui a été prise. On ne veut pas reprendre le débat. On voulait tirer un enseignement pour l’avenir, pour apprendre à mieux gérer nos prises de décision. On souhaite que la réflexion déborde le seul projet du CHUM et nous permette d’éviter que les jeux politiques partisans ne viennent contaminer d’autres grands projets.

Quelle est votre opinion du CHUM tel que projeté?
R.L. : Selon nous, ce n’est pas la meilleure décision qui aurait pu être prise, mais on devra vivre avec. C’est certain qu’on aura un meilleur hôpital et un meilleur centre de recherche que ce qu’on a en ce moment, mais là n’est pas la question. Il faut plutôt penser à ce qu’on a raté en termes d’opportunités en choisissant le 1000 Saint-Denis. Il nous reste à espérer qu’on pourra tirer le maximum d’une mauvaise décision.
L.M. : Ce qui est frustrant, c’est que le CHUM devait répondre à un besoin réel, mais puisque sa constru-ction tarde, ça fait plusieurs années qu’on ne profite pas des nouveaux équipements. De plus, les terrains choisis devaient offrir une capacité d’expansion. Au 1000 Saint-Denis, si on veut agrandir le CHUM, ça nécessitera des acrobaties techniques à des coûts prohibitifs.

Quelle importance l’ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, a-t-il eu dans la saga du CHUM?
L.M. :
Pour des décisions aussi importantes, ce qui est primordial, c’est de créer un espace où il y a la possibilité de faire des analyses de qualité pour que la décision finale puisse s’appuyer sur quelque chose de solide. Or, à plusieurs moments, il y a eu des dérives vers des jeux politiques. Lorsque Philippe Couillard, qui était un ministre extrêmement interventionniste, est arrivé, il a abolit la SICHUM, qui était une société indépendante chargée du projet du CHUM. Il a alors décidé que le nouveau CHUM serait un projet qui relève de son ministère. On n’attaque pas Philippe Couillard, mais on ne peut que constater que M. Couillard a été un élément de dérive politique.

Qui est, selon vous, responsable de la «tragédie» du CHUM?
R.L. :
Il y a deux explications à la saga. Premièrement, le gouvernement du Parti québécois n’a pas pris la décision au moment où il aurait dû la prendre, c’est-à-dire avant les élections de 2003. Si la décision de construire le CHUM au 6000 Saint-Denis avait été prise avant les élections, fort probablement qu’on n’aurait pas pu revenir en arrière. Le deuxième élément, c’est l’avènement du nouveau gouvernement qui a tout remis en cause. À partir de ce moment, on a assisté à un virage à 180 degrés. Tout à coup, le 6000 Saint-Denis, qui avait été évalué comme un des meilleurs sites, est devenu un site inacceptable, et l’hôpital Saint-Luc, qui n’avait jamais été considéré comme un site acceptable, est devenu un site idéal. C’était le monde à l’envers.

Le feuilleton du CHUM est-il symptomatique de l’incapacité du Québec à prendre des décisions?
R.L. :
Chaque fois qu’il y a un grand projet au Québec, la dérive politique est très rapide,
si bien qu’on n’a pas le temps d’aller au fond des choses, d’analyser correctement les projets, de se fier à des experts. La dérive politique devient tellement importante que toute l’expertise est marginalisée. On ne peut pas imaginer arriver à des décisions correctes dans un contexte aussi systématiquement conflictuel. Il y a un problème de gouvernance. Il faut voir comment on peut faire de grands projets sans mettre le Québec à feu et à sang chaque fois.

Comment expliquez-vous que la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) ait débuté alors que pour le CHUM, on tarde encore à voir des développements?
L.M. :
Lorsque le CHUM et le CUSM ont présenté leur projet, le gouvernement a demandé des sites prioritaires et des sites alternatifs. Le CHUM privilégiait le 6000 Saint-Denis et a présenté, comme site alternatif, le site de l’hôpital Saint-Luc, tout en disant qu’il ne le recommandait pas. McGill, de son côté, voulait un projet sur le site du Campus Glen et a refusé de présenter un site alternatif. Qu’est-ce que McGill fait en ce moment? Elle construit son hôpital.
R.L. : Il faut se rappeler qu’au moment où le CHUM était projeté au 6000 Saint-Denis, tous s’entendaient pour dire que le projet était plus avancé. Le plan directeur était fait et faisait l’objet d’un consensus. Si les travaux avaient été lancés à la fin 2002, on aurait terminé avant McGill.

Selon vous, le CUSM sera-t-il un meilleur hôpital que le CHUM?
R.L. :
C’est très difficile de comparer le CHUM et le CUSM avant qu’ils ne soient terminés. Mais le CUSM part avec des conditions gagnantes en terme de site, en terme de forme d’hôpital, qui correspond à la médecine moderne, et en terme de temps, puisqu’il sera terminé quatre ou cinq ans avant le CHUM. L’histoire dira si ça sera suffisant.

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