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Lire entre les lignes

Apprendre à lire. Lire seul. C’en était une obsession. C’était la seule chose qui me donnait envie d’entrer à l’école quand j’étais petit. Finie la dépendance à l’égard des autres pour me faire la lecture du compte rendu du match de la veille dans le Montréal-Matin. Mes sÅ“urs détestaient ça pour mourir et me le faisaient sentir volontiers.

Puisqu’il semblait si facile pour tout le monde à la maison de s’adonner à la lecture, j’ai d’abord essayé d’apprendre par moi-même. Je me souviens encore du premier livre que j’ai voulu me taper tout seul comme un grand. Puisque c’était une plaquette d’une vingtaine de pages gros max, l’entreprise me semblait tout à fait envisageable. Sur la couverture, il y avait la photo couleur de Janette Bertrand et de ses deux filles. Une vedette et deux jeunes, c’était fait pour moi.

Je me revois encore dans le salon, le regard fixé sur cet objet du savoir en prenant un air absorbé. Sauf que je n’avais aucune idée de ce que j’avais entre les mains. Le titre de l’ouvrage : Maman, dis-moi… tout sur les menstruations. Ridiculisé, vous dites… Après avoir été la risée de l’assemblée pendant quelques jours et avoir souhaité me cacher pour toujours au fond d’une grotte perdue, j’ai fini par reprendre goût à la lecture. Mais en choisissant un peu mieux, par exemple. 

Je suis d’abord allé vers Tintin, c’était nettement moins risqué. La première aventure que j’ai dévorée sans sauter une page ni même la moindre case fut L’Île noire. Avec le gros gorille de l’île qui terrorisait tout le monde – moi le premier -, mais qui était pourtant intimidé par Milou, son minuscule mais non moins redoutable ennemi. Si le texte m’échappait toujours, au moins les dessins m’avaient permis de comprendre à peu près ce qui se passait dans l’histoire. Dans ma tête, c’était clair, mes lectures avaient maintenant un sens. Dès lors, j’ai su que plus jamais un livre ne me résisterait. J’étais libre.

Cette semaine, comme d’habitude, je vais aller faire un tour au Salon du livre. Sait-on jamais, peut-être vais-je y croiser Janette Bertrand; elle y est souvent. Je pourrais lui demander s’il lui reste un exemplaire d’une certaine plaquette qui a été publiée il y a longtemps. J’ai du rattrapage à faire dans mes lectures.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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