Paola Ortiz serait déportée vers le Mexique vendredi matin
OTTAWA – Une ultime
tentative faite à la Chambre des communes mercredi pour empêcher la
déportation de Paola Ortiz a échoué: la mère de famille mexicaine n’aura
d’autre choix que de quitter le pays vendredi.
Le Bloc québécois a présenté une motion pour enjoindre le ministre de
l’Immigration, Jason Kenney, à surseoir à l’expulsion de Mme Ortiz.
Mais il fallait que tous les députés à Ottawa soient d’accord. Un seul
«non» lancé en Chambre pouvait faire échec à la motion, et ce fut
effectivement le cas.
Le député qui l’a présenté, le bloquiste André Bellavance, dit ne pas
comprendre pourquoi M. Kenney ne veut pas lui permettre de rester.
«Le ministre jouit d’une grande latitude en vertu de la loi sur
l’immigration. C’est-à dire que pour des raisons humanitaires, il
pourrait très bien empêcher l’expulsion de Mme Ortiz. Mais on dirait
qu’après que le Québec, en plus de ça, a accepté que Mme Ortiz obtienne
sa résidence permanente, que le gouvernement ne croit pas que cette
femme-là a été victime de violence conjugale dans son pays», a déploré
le député.
M. Kenney était absent de la Chambre des Communes lors de la
présentation de la motion. Il pourrait toutefois encore empêcher la
déportation d’ici vendredi.
Mme Ortiz devait initialement être déportée mardi matin. Mais elle a pu
rester au pays temporairement, devant être transportée à l’hôpital dès
son arrivée à l’aéroport, vraisemblablement victime d’un choc nerveux.
Elle devra maintenant se présenter vendredi matin à 6 heures au bureau
d’Immigration Canada au centre-ville de Montréal et de cet endroit, elle
sera amenée à l’aéroport Montréal-Trudeau pour prendre un vol en
direction du Mexique.
Forte de l’appui de 25 organismes dont la Fédération des femmes du
Québec et Solidarité sans frontières, Mme Ortiz a lancé mercredi un
autre cri du coeur en faveur d’une suspension de son ordre de
déportation. Elle ne veut pas être séparée de son mari et de ses
enfants.
Avant sa rencontre mercredi matin avec un agent de Citoyenneté et
Immigration Canada, elle a supplié le ministre de l’Immigration
d’intervenir en sa faveur.
Une manifestation devrait d’ailleurs avoir lieu jeudi soir afin
d’appuyer Mme Ortiz.
Celle-ci avait réclamé l’asile au Canada en 2006 après avoir fui,
soutient-elle, la violence conjugale et sexuelle au Mexique de la part
de son conjoint de l’époque, un officier de la police fédérale.
La femme s’est depuis remariée au Canada et a eu deux enfants, qui sont
citoyens canadiens.
Ceux qui militent en sa faveur affirment que la Commission de
l’immigration et du statut de réfugié refuse de lui accorder un statut
de réfugiée sous prétexte que l’État mexicain assure une protection
adéquate aux femmes victimes de violence conjugale.
Selon eux, en déportant Mme Ortiz, le gouvernement canadien se fait
complice de la violence à l’égard des femmes et fait fi de ses
obligations en vertu des traités des droits de la personne et de la loi
sur la protection des réfugiés.