Le député Sylvain Pagé propose une nouvelle culture politique
Après Bernard Drainville, c’est au tour de Sylvain Pagé, député péquiste de Labelle, de vouloir modifier les façons de faire de la politique et de gouverner. Celui qui n’a jamais applaudi les questions impertinentes de ses collègues et leurs remarques acerbes à l’endroit de leurs adversaires politiques dénonce la partisanerie et la ligne de pensée unique. Il a rendu public jeudi le Manifeste pour une nouvelle culture politique dans lequel il appelle ses collègues parlementaires à collaborer entre eux et la population, à participer aux changements démocratiques.
Vous êtes arrivé à l’Assemblée nationale il y a dix ans. Depuis, est-ce que le climat politique s’est dégradé?
Oui, il s’est dégradé d’une façon particulière au cours des deux dernières années. Le cynisme était là, mais il a pris de l’ampleur à cause de l’enquête publique sur l’industrie de la construction que tout le monde réclame et la crise entourant le projet d’amphithéâtre à Québec.
Dans votre manifeste, vous écrivez que vous êtes opposé à la partisanerie et à la ligne de pensée unique. Quel est l’intérêt de prendre part à un parti politique?
Si je suis plus à gauche, plus à droite, si je suis plus souverainiste ou plus fédéraliste, je vais défendre ces valeurs à l’intérieur d’un parti politique, mais j’espère qu’on pourra y avoir des débats sereins. On peut défendre des idées et des valeurs à l’intérieur d’un parti politique sans faire de la partisanerie. On peut dénoncer l’attitude inacceptable d’un gouvernement sans faire de partisanerie. Tout est dans la façon et tout est dans le ton. On manque beaucoup d’occasions de tendre la main au gouvernement pour avoir une meilleure collaboration. Je souhaite qu’on passe d’une culture d’opposition à une culture de collaboration. C’est pour cela que j’ouvre la porte à l’entrée de ministres des autres partis dans le gouvernement.
Si la porte était ouverte au vote libre, les partis politiques ne seraient-ils par les sujets de davantage de crises?
Un vote libre, je n’ai pas vu cela souvent. En dix ans, j’ai vu Pierre Paradis et Thomas Mulcair voter contre leur gouvernement. M. Mulcair est maintenant sur la scène fédérale et Pierre Paradis est devenu un député d’arrière-banc malgré son expérience et son grand talent. Abolir la ligne de parti fera en sorte que les députés devront s’informer beaucoup plus, être plus responsables et plus cohérents avec la bannière politique sous laquelle ils ont été élus. Même s’il y avait un vote libre, je ne suis pas convaincu que le résultat changerait. Mais ça éviterait des crises et ça réduirait le pouvoir abusif des chefs de parti. Ils ont pratiquement droit de vie ou de mort sur l’avenir des députés.
Vous proposez également de réduire les pouvoirs des chefs de parti. Comment voyez-vous leur rôle?
Pour moi, un chef doit être un visionnaire, un leader et un rassembleur. Il doit faire preuve d’ouverture envers son équipe. Il doit cesser de considérer un vote différent de sa volonté comme un désaveu à son endroit. Selon moi, un député péquiste qui vote contre le projet de loi 204 pourrait rester au sein du parti parce que ce n’était pas prévu dans le programme du Parti québécois. Pour mettre fin au pouvoir abusif des chefs, une des solutions serait un conseil des ministres élus par les parlementaires. Les ministres seraient ainsi plus redevables à l’ensemble des parlementaires qu’envers leur chef.
Un conseil des ministres élus par les parlementaires, ça ne risque pas de créer des gouvernements instables?
Non. On a prévu de conserver la ligne de parti sur les motions de censure et les budgets.
Vos collègues de l’Assemblée nationale appuient-ils votre manifeste?
Je ne m’attends pas à ce qu’on appuie 100% de mes propositions. Pour moi, ce manifeste représente une mise au jeu. On a trois périodes à jouer. J’ai des collègues qui m’appuient à divers degrés. Il y a des propositions qui proviennent mot à mot de députés libéraux.
Qu’en est-il de votre chef, Pauline Marois?
Mme Marois reçoit très correctement mon manifeste. J’en suis heureux. À ma grande surprise, la semaine dernière, elle a ouvert la porte au votre libre.
Si la façon de faire de la politique reste la même, comment entrevoyez-vous l’avenir?
Je pense qu’elle ne peut plus rester la même parce que la population le demande. S’il fallait que les leaders de parti n’entendent pas le message, ça contribuerait encore plus au cynisme de la population à l’égard des politiciens. Pour changer les choses, ça prend un leadership, mais avant tout, il faut l’appui de la population. En politique, on agit trop souvent selon la volonté populaire et les sondages.
Pour plus d’information sur le manifeste, visitez le site nouvellecultureinfo.org