Deux édifices historiques voués à la démolition
Deux édifices d’une valeur historique certaine sont voués à la démolition à Ahuntsic à plus ou moins brève échéance. Il s’agit de la maison du peintre et de la résidence Roger-Marien. Les deux édifices sont situés dans le secteur patrimonial du Sault-au-Recollet, un des deux sites historiques préservés de Montréal. Pour la maison du peintre, une bâtisse du début du 20e siècle, c’est l’état de la construction qui nécessite la démolition. Deux disparition de plus à inscrire dans un secteur patrimonial.
Un énoncé de valeur patrimoniale a été élaboré pour cet édifice. L’intégration paysagère et l’intérêt historique y sont mentionnés, mais on constate l’état de délabrement avancé de la maison. À propos de ce bâtiment situé au cœur du village historique, Vincent Garneau, coordonnateur du développement historique à Cité historia, l’organisme local de préservation du patrimoine historique du Sault-au-Recollet, considère qu’on aurait pu agir autrement si on s’y était pris plus tôt. Des arbres ont poussé sur les fondations de la bâtisse abandonnée depuis 2011.
«Il y a une hypocrisie quand on consulte les organismes comme le nôtre qui est contraint d’accepter la démolition d’un édifice à valeur historique parce qu’il n’y a tout simplement plus rien à faire», regrette-t-il.

Un autre bâtiment disparaît
La demande de démolition de la résidence Roger-Marien a été acceptée au conseil municipal de la Ville de Montréal, tenu le 26 janvier. Même si, du point des procédures, les permis ne sont pas encore délivrés, on comprend que le sort en est jeté. La vieille résidence de prêtres laissera la place à un projet de 50 logements pour personnes âgées autonomes.
Le bâtiment, situé sur le site patrimonial du Sault-au-Recollet nécessite – avant de prendre une quelconque décision –, l’avis du Conseil du patrimoine de la ville de Montréal. Pour cette instance consultative, l’édifice «n’a pas une contribution essentielle, compte tenu des valeurs qui lui sont associées, dans les motifs qui ont déterminé la citation du village de Sault-au-Récollet.» Autrement dit, il n’est pas associé à la valeur historique du site.
Pourtant, le Conseil du patrimoine, comme d’autres structures consultatives, se réfère à l’énoncé de valeur patrimonial réalisé en 2013, à la demande de l’arrondissement. Celui-ci, élaboré pour s’informer de la valeur historique du bâtiment, met en évidence au moins trois éléments notables. La valeur paysagère du bâtiment, la valeur historique – l’édifice témoigne de la continuité sur trois siècles des institutions religieuses dans le Sault-au-Récollet – et la valeur architecturale, puisque le bâtiment souligne l’évolution de l’architecture religieuse à travers les années.
Le même document suppose aussi la présence de vestiges archéologiques protégés par les remblais de construction de la résidence à cause de «son emplacement près de la rivière des Prairies, du site de l’ancien fort Lorette et du noyau villageois du Sault-au-Récollet.» Pourtant, dans l’impossibilité d’adapter l’édifice au projet envisagé par le propriétaire, la résidence Roger-Marien sera démolie.