Hochelaga-Maisonneuve
16:12 3 juillet 2015 | mise à jour le: 3 juillet 2015 à 16:39 Temps de lecture: 4 minutes

Agriculture urbaine, des champignons signés Hochelaga

Agriculture urbaine, des champignons signés Hochelaga
Photo: Isabelle Bergeron/TC Media

Deux fermières urbaines ont loué un entrepôt dans le secteur industriel pour y faire pousser des champignons, culture inusitée à Montréal. Depuis le mois de juin, les agricultrices ont récolté 60 kg de pleurotes qu’elles ont vendus, entre autres, au restaurant Toqué et aux fermes Lufa.

«Leurs champignons sont des petits bijoux. Ils sont beaux esthétiquement et ils sont bons. Ils n’ont pas de défaut», déclare Yoland Héroux, directeur des achats aux fermes Lufa.

Installées seulement depuis quelques mois, les champignonnistes ne répondent déjà pas à la demande. «Nous avons même des commandes en attente. Le défi n’est pas la vente de nos produits, mais bien la production», soutient Dominique Lynch-Gauthier, copropriétaire de la ferme.

La production de champignons à Montréal est inusitée, avance Éric Duchemin, professeur associé et chargé de cours à l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal. D’ailleurs, selon lui, il n’y aurait aucune autre ferme productrice de pleurote sur l’île.

La ferme Blanc de gris fait pousser des pleurotes bleus.
La ferme Blanc de gris fait pousser des pleurotes bleus.

Made in Hochelaga
En plus de produire des pleurotes made in Hochelaga, l’entreprise s’approvisionne dans le quartier. Les éléments composants le substrat, terreau où pousse les champignons, sont donnés par des entrepreneurs du secteur.

«Nous récoltons des résidus de café, notamment de chez Bobby McGee, café Alisé, café Atomic et Arhoma. Nous récupérons également les résidus de la distillation de la bière de l’Espace public», explique Mme Lynch-Gauthier.

Un élément qui fait plaisir à plusieurs d’entre eux, notamment la micro-brasserie du quartier qui a proposé à ses clients d’essayer les champignons de Blancs de gris, «faits à partir de ses drêches», sur sa page Facebook.

Avec leurs six serres, les champignonnistes espèrent atteindre une production de 300 kg de pleurotes par semaine, d’ici la fin de l’année.

Avec une telle production, les agricultrices espèrent agrandir leur clientèle aux particuliers, qui s’alignent déjà pour se procurer des champignons de Hochelaga.

«Nous aimerions participer à des marchés de producteurs afin de rejoindre des citoyens, comme cela se fait à l’Université du Québec à Montréal. Nous travaillons également sur la création d’un site Web transactionnel pour la population», mentionne Mme Lynch-Gauthier.

Tendance montréalaise
Que ce soit par des projets de jardins dans des saillies de trottoir ou de fermes, «si on a dit que Montréal était une ville nourricière qui s’ignorait, ce n’est plus le cas», affirme Éric Duchemin, professeur associé et chargé de cours à l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal.

«Montréal est un exemple de dynamisme de l’agriculture urbaine, en tant que mouvement social, au niveau international. La diversité des initiatives et leur esprit innovant en font souvent des exemples à travers le monde», indique M. Duchemin.

Parmi les projets dynamiques et innovateurs, le professeur prend en exemple la ferme Blanc de gris. Celle-ci a d’ailleurs remporté le prix dans la catégorie bioalimentaire du Concours québécois en entrepreneuriat, pour la région de Montréal, dans le volet création d’entreprise.

«On voit de nombreux projets apparaître, ce qui amène une réflexion nécessaire sur la gouvernance alimentaire régionale, sur la place de l’agriculture urbaine dans le système alimentaire montréalais et surtout sur le rôle que se donnera Montréal dans cette gouvernance avec des politiques, de grandes orientations ou des objectifs», souligne M. Duchemin.

Cette effervescence de projet fait déjà changer les façons de faire à Montréal. Dernièrement, l’arrondissement de Mercier – Hochelaga-Maisonneuve a mis en place un nouveau règlement permettant la présence de poules dans des jardins communautaires.

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