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Comment gère-t-on les mauvaises odeurs à Montréal

Photo: Dominique Cambron-Goulet/Métro

Les mau­vaises odeurs qui se dégagent des usines et des infrastructures de déchets et d’eaux usées font malheureusement partie du quotidien, surtout en période estivale. Par contre, il est possible de les diminuer, voire de les neutraliser. Incursion dans le monde de la gestion des odeurs.

«Il y a une expansion du marché des odeurs, soutient la technicienne en solutions environnementales de la compagnie de contrôle d’odeurs Bio Service, Marilou Filiol. Avant, les mines, ça sentait très fort, mais presque tout le monde avait un père ou un oncle qui travaillait là, alors le niveau d’acceptation était plus élevé. Maintenant, on est de moins en moins tolérants avec les odeurs, donc les technologies doivent aller plus loin.»

À la Station d’épuration des eaux usées Jean-R. Marcotte de la Ville de Montréal – près de l’autoroute 40, à Rivière-des-Prairies –, les odeurs constituaient un problème important il y a une quinzaine d’années, admet son directeur, Richard Fontaine. «En 2000, on recevait 50 plaintes annuellement, rappelle-t-il. L’an dernier, on a eu eu un seul signalement.» Afin de régler son problème, la station a installé des «nez électroniques» pour détecter les odeurs. «Ces systèmes sont là pour capter les odeurs, les identifier et voir où elles sont générées», explique M. Fontaine.

Même si des nez électroniques sont utilisés, beaucoup de travail peut être effectué par le nez humain. «Quand on découvre un site malodorant, on fait la liste de toutes les sources d’odeurs. On essaie de comprendre lesquelles sont plus stables, donc voyagent le plus loin, lesquelles sont les plus odorantes et lesquelles sont les plus abondantes, explique Mme Filiol. On traite en priorité les plus stables et les plus nombreuses.»

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Au site de transbordement de RCI environnement à Longueuil, les vaporisateurs de produit neutralisent l’odeur à l’intérieur du bâtiment.

Il existe trois types de molécules d’odeur: les azotées, les oxygénées et les soufrées. «Les composés soufrés sont les plus difficiles à traiter, soutient Mme Filiol. Les composés oxygénés peuvent sentir très fort, mais ont une très faible durée de vie. Ça ne sert à rien de les traiter puisqu’ils ne se rendront jamais à la limite du site où ils sont émis.»

Plusieurs techniques peu­vent être utilisées pour contrer la propagation des odeurs, dont la neutralisation par des huiles essentielles. «On va brumiser dans l’air une grosse quantité d’eau avec une petite quantité de produit neutralisant d’odeur à base d’huiles essentielles», indique le président de Bio Service, François Perron. Le produit représente 0,033% de la solution vaporisée. «On ne masque pas les odeurs, on les neutralise, poursuit M. Perron. C’est la molécule du produit fait à base d’huile essentielle qui entre en contact avec la molécule malodorante.» Ces deux molécules combinées donneront l’impression d’une senteur neutre au nez humain.

Il est possible de neutraliser les odeurs d’un site de transbordement de déchets en laissant échapper de la bruine du plafond, une minute sur cinq. À quelques mètres des montagnes de déchets, aucune odeur n’est perceptible, même par une journée chaude et humide. «Si on se met le nez dans la poubelle, on sentira de mauvaises odeurs, mais puisque l’air ambiant est neutralisé, on ne les perçoit pas dans l’environnement immédiat de la poubelle», souligne M. Perron.

À la station d’épuration, la vaporisation est surtout utilisée lors de déplacements de boues, qui causent des odeurs très fortes. On opte donc pour d’autres systèmes au quotidien. «Nous avons deux biofiltres, indique M. Fontaine. Un au niveau du bâtiment des boues et un dans les canaux qui amènent l’eau traitée vers le fleuve. Nous utilisons des copeaux de cèdre. Il y a une «digestion» des odeurs qui se fait par activité bactérienne dans les biofiltres.»

L’émission d’odeurs n’est pas réglementée dans toutes les municipalités. À Montréal, celle-ci suit un calcul complexe qui se base sur les unités d’odeur.

  • 1 unité. Seuil de détection. On ne peut pas dire ce que c’est, mais on sait que c’est différent de l’air pur.
  • 3 unités. Seuil de reconnaissance. On peut identifier l’odeur.
  • 5 unités. Seuil de reconnaissance avérée, où quiconque reconnait l’odeur.
  • 10 unités. Seuil de plainte.

Un projet pilote
L’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve teste actuellement une trappe à odeur, qui utilise une solution d’huiles essentielles et qui s’installe à même les bouches d’égout. La trappe est installée au coin des rues Moreau et Adam. «Le but du projet pilote est de vérifier si on peut contrôler des odeurs qui émanent de l’usine Lallemand [une usine de levure], sur la rue Moreau, au nord d’Adam, indique la chargée de communication de l’arrondissement, Maude Brasseur. Jusqu’à présent, la trappe semble bien fonctionner. L’arrondissement poursuit ses observations.»

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