Suspensions de cols bleus à Montréal: le syndicat riposte
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) représentant les cols bleus de Montréal, a déposé lundi matin une requête devant la Commission des relations du travail (CRT). Le syndicat demande à la CRT de surseoir aux suspensions qui ont été imposées aux cols bleus et à ses dirigeants la semaine dernière en raison d’une assemblée illégale.
La requête a aussi été signifiée à la Ville de Montréal lundi matin. La CRT a accepté en fin de journée d’entendre les deux partie le 23 décembre.
Le syndicat qualifie les suspensions imposées d’«excessives et démesurées».
Un total de 1995 cols bleus sont susceptibles de recevoir ou ont déjà reçu une suspension de cinq jours sans solde, ou deux mois de suspension sans solde pour les dirigeants de leur syndicat. En tout, 925 cols bleus ont déjà reçu leur avis de suspension ou le recevront d’ici au 31 décembre. La Ville de Montréal avait annoncé ces pénalités la semaine dernière après que ces employés se soient présentés à une assemblée générale le 8 décembre lors des heures normales de travail. Puisque la convention collective des cols bleus est en vigueur jusqu’en 2017, la Ville a qualifié cette assemblée de grève illégale.
Les cols bleus de Montréal se mobilisent actuellement pour dénoncer la loi 15 sur la réforme des régimes de retraite, le pacte fiscal qui pourrait donner plus de pouvoir aux villes dans leurs négociations avec leurs employés ainsi que le recours à la sous-traitance par la Ville de Montréal.
Le maire de Montréal avait mentionné qu’il imposerait ces suspensions «le plus rapidement possible, mais qu’il avait six mois pour le faire». La veille de l’assemblée des cols bleus, la CRT, convoquée par la Ville de Montréal, avait pourtant ordonné aux syndiqués de se rendre au travail normalement.
«On n’est pas du tout sur la même patinoire, a illustré Marc Ranger, directeur-adjoint du SCFP-Québec. Le syndicat a fait une assemblée de 2 heures qui n’a pas privé les citoyens de services. Et ce que la Ville impose, c’est carrément un lock-out partiel qui prive les citoyens de services», a-t-il fait valoir disant que la Ville va à l’encontre du Code du travail.
Le syndicat reproche également à la Ville d’être allée à l’encontre de la convention collective en ne rencontrant pas les syndiqués pour les prévenir des suspensions qu’elle allait leur imposer. «Tous les syndiqués, même la présidente, ont d’abord été informés de ces suspensions par les journaux [le 15 décembre]», déplore M. Ranger.
Le syndicat rapporte que le 17 décembre, plus de 330 cols bleus ont été informés qu’ils faisaient l’objet d’une suspension. «Le 17 décembre, dans les arrondissements, il manquait environ 50% des effectifs», indique Marc Ranger, qui déplore cette situation. À titre d’exemple, dans le Plateau Mont-Royal, 23% des cols bleus ont été suspendus, dont 78% des employés attitrés aux travaux publics, soutient le syndicat.
Quelles conséquences le syndicat aurait dû recevoir, alors? «C’est un débat qu’on fera avec l’instance appropriée», répond simplement M.Ranger.
Le maire de Montréal, Denis Coderre, a réagi à la requête déposée par le syndicat devant la CRT en assurant qu’il «suivra le processus avec la CRT». «On a pris une décision. Il faut que le syndicat comprenne qu’on ne fait pas des gains avec des grèves illégales; que quand il y aura grève illégale, il y aura des conséquences», a insisté Denis Coderre.
Chantal Racette, présidente du syndicat des cols bleus de Montréal, assure que son syndicat n’«a pas violé la décision de la CRT».«On a fait deux assemblée générale spéciales. C’est des gens qui travaillent le jour, le soir, la fin de semaine. J’ai fait une assemblée le 12 décembre et je n’ai pas eu de problème. Donc on n’a pas dérogé à ce qu’on fait en temps normal. J’ai quatre assemblées par année et ça se fait toujours sur les heures de travail peu importe si c’est le jour ou la fin de semaine», indique la présidente. Elle insiste pour dire qu’elle ne force aucun syndiqué à se présenter à l’assemblée. Elle dit ne pas pouvoir étendre l’assemblée sur plusieurs jours puisqu’elle ne peut pas étendre la période de vote sur plusieurs jours.