Montréal

Dans les coulisses de l’ancienne prison Au-Pied-du-Courant

Dans les coulisses de l’ancienne prison Au-Pied-du-Courant

Aujourd’hui, on y jase pastilles de goût et spiritueux, mais le siège social de la SAQ est logé dans ce qui a été l’une des premières prisons de Montréal. Retour dans le temps et visite guidée.

UNE - Pied-du-courant celliers

Au cœur de l’ancienne prison
Dans les bureaux de la Société des alcools du Québec (SAQ), Julie Tremblay me montre les marques de briques rouges sur les murs de pierres grises. Chacun des repères indique l’emplacement des cloisons d’une des toutes premières prisons de la métropole, explique la directrice de l’aménagement de la SAQ. Puis elle me fait remarquer, un peu partout dans le bâtiment, des trous bouchés, où il y avait auparavant des barreaux.

Mettre les pieds au siège social de la société d’État, au pied du pont Jacques-Cartier, c’est remonter 175 ans en arrière, dans un bâtiment qui a été un témoin important de l’histoire de Montréal. C’est ici, Au-Pied-du-Courant, qu’ont été emprisonnés quelque 1 300 Patriotes dans les années 1830 et qu’on a pendu 12 d’entre eux, dont François-Marie-Thomas – dit Chevalier – de Lorimier.

Entre chaque marque de briques rouges, on compte environ 12 pieds. C’est petit pour des cellules qui accueillaient souvent plusieurs prisonniers à la fois, l’offre carcérale de Montréal étant considérablement limitée à l’époque. Mais l’hiver venu, alors que les cellules devenaient de petits frigos, les détenus ne voyaient sûrement pas d’un mauvais œil le fait d’être plusieurs dans la même cellule.

ACTU - 1 traces des cellules

Des traces encore bien visibles
Partout où l’on se promène au 905 de Lorimier, les traces de l’ancienne prison, pourtant fermée il y a plus de 100 ans, sont encore bien présentes. L’architecte de la SAQ Claude Bousquet, qui a mené les travaux de restauration à la fin des années 1980 et au début des années 1990, a cru bon souligner l’histoire du bâtiment. Au sous-sol, dans l’ancien cachot de la prison, se trouve aujourd’hui un musée sur les Patriotes ouvert gratuitement au public. On remarque les minuscules fenêtres aux allures de meurtrières et les anneaux originaux où l’on attachait les prisonniers qui sont toujours fixés au mur. Dans tous les couloirs, on peut voir des détails architecturaux au sol, sur les fenêtres ou sur les portes qui rappellent la prison.

ACTU - 2 cachot

Des trésors cachés au cachot
Le siège social de la SAQ compte une cave de garde qu’on protège jalousement. Dans une pièce gardée à 14 degrés, on y trouve environ 75 000 bouteilles accumulées au fil du temps. Une collection qui a pris une valeur inestimable. Parmi les trésors, on remarque au passage des bouteilles de Petrus et de Tignanello. Dans l’ancienne prison des femmes, au sous-sol, on trouve aussi des espaces celliers qui sont réservés à des clients spéciaux de la SAQ.

ACTU - 3 cave de garde

L’esprit des Patriotes toujours vivant
L’extérieur de la prison a peu changé au cours des années. La maison du gouverneur, où a logé le dernier responsable de la prison avec sa femme et leurs six enfants, est toujours debout et sert de salle de réception pour la société d’État. Juste à côté, le monument aux Patriotes y a été déménagé en 1993 – il était avant sur le terre-plein de la passante rue Notre-Dame, juste en face – sur le lieu approximatif où 12 Patriotes ont été pendus. C’est ici que Pierre Falardeau a tourné en grande partie son 15 février 1839. Chevalier de Lorimier a écrit une lettre à sa femme le jour même de son exécution avant de la cacher dans les pierres de son cachot. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’un employé de la société d’État a trouvé le document historique!

ACTU - 4 extérieur et patriotes

Pourquoi Au-Pied-du-Courant?
Le site de l’ancienne prison porte depuis longtemps le nom d’Au-Pied-du-Courant, repris par la SAQ pour nommer son siège social. Juste en face, le courant Sainte-Marie – qui a aussi donné son nom au quartier – est causé par un rétrécissement du fleuve à cet endroit. Le lieu se retrouve donc, tout simplement, au pied du courant.

La prison en quelques dates

1831-1840 : Construction de la prison. On accueille les premiers prisonniers bien avant la fin de la pose de la dernière pierre.
1838-1839 : Pendaison de 12 patriotes, dont Chevalier de Lorimier.
1851 : Élargissement de l’aile ouest de la prison.
1873 : Déplacement du mur de garde de la prison pour faire place à la rue Notre-Dame.
1895 : Construction de la Maison du gouverneur de la prison.
1912 : Fermeture de la prison, déjà désuète. Les prisonniers sont transférés vers la nouvelle prison de Bordeaux.
1921 : Prise de possession du bâtiment par la Commission des liqueurs, nouvellement créé par Québec. L’ancienne Société des alcools du Québec agrandit considérablement l’endroit en ajoutant un entrepôt, à l’est, et des ailes à la Maison du gouverneur.
1977 : Transfert des activités de distribution dans l’est. Au-Pied-du-Courant demeure le siège social de la SAQ.
1985 : Début des travaux de restauration. Les ailes de la Maison du gouverneur tombent.
1993 : Transfert du monument aux Patriotes sur le site de l’ancienne prison.
2003 : Ouverture du centre d’exposition La Prison-des-Patriotes.

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