Réfugiés syriens: faire ses premiers pas en français
C’est le sourire aux lèvres qu’une vingtaine de Syriens, arrivés au Québec il y a à peine quelques semaines, prennent plaisir à balbutier leurs premiers mots de français. Réunis dans une classe du Centre d’éducation aux adultes William-Hingston jeudi matin, «je comprends» fait déjà partie de leur vocabulaire.
Patient, le professeur Stéphane Raymond gesticule sans cesse pour que ses étudiants, âgés de 16 à 60 ans, puissent le décoder en cette première journée d’école.
«De quel pays viens-tu?», demande-t-il à la classe, insistant sur chaque syllabe. Il reçoit une réponse en arabe. «Je ne comprends pas», rétorque tout simplement M. Raymond, déclenchant des rires complices.
Seul devant la classe, il répète beaucoup. Toutefois, les premiers à saisir traduisent rapidement au groupe, et le cours se poursuit.
«Je les encourage à le dire quand ils ne comprennent pas. Parce que souvent, dans leur pays, ils ne le disaient pas, explique M. Raymond. Il y a toujours des élèves qui bloquent sur quelque chose. Mais quand on commence à apprendre une langue, c’est exponentiel. À partir du moment où ils apprennent un verbe du premier groupe, ils comprennent rapidement.»
Maria Suliman, installée il y a deux mois chez son oncle, souhaite intégrer le système scolaire québécois. La jeune femme de 19 ans espère poursuivre ses études en génie civil débutées à l’Al-Bath University, à Homs.
«C’est difficile de tout faire quand tu ne parles pas la langue. Mais dans la classe, je comprends», explique-t-elle en anglais, y mélangeant quelques mots de français en riant.
Apprentissages
Au tableau, des notions de base: le verbe être, la date et du vocabulaire sur l’état civil.
Lorsque les concepts paraissent trop compliqués, le professeur n’hésite pas à recourir à des images ou des vidéos YouTube pour enseigner, en plus des mots, la réalité québécoise. En cette période des sucres, les étudiants ont notamment été surpris de découvrir comment est récoltée l’eau d’érable pour en faire du sirop.
Après quelques heures, la classe s’attaque déjà aux défis et nuances de la langue française parlée au Québec.
«’On est’ c’est la même chose que ‘nous sommes’, tente d’expliquer M. Raymond, à force de mots-clés inscrits sur le tableau vert et des affiches.
Les Syriens, aujourd’hui à peine capables de se présenter, chemineront mots à mots vers un emploi ou une admission à des études supérieures.
Pour Adib Kazaji, un père de famille reconnaissant d’habiter avec sa femme et ses deux enfants à Ahuntsic depuis la fin décembre, les cours de français lui permettront aussi de socialiser.
Clientèle
L’arrivée de 140 réfugiés syriens référés par le ministère de l’Immigration a nécessité l’embauche de sept professeurs supplémentaires au Centre William-Hingston.
«C’est un gros boum pour nous. Si on en a autant, c’est parce que [les services de francisation] du ministère de l’Immigration débordent», explique le directeur, Jean Dupont.
La clientèle provient de partout à Montréal, et même de Laval. Certains en ont entendu parler par des organismes d’insertion à l’emploi, ou tout simplement par le bouche-à-oreille. Environ 30% des étudiants habitent Parc-Extension, où près de 70 langues maternelles différentes sont parlées à la maison.
En plus des cours de langue à plus de 500 adultes chaque jour, le centre organise des spectacles de chansons québécoises et de musiques du monde, des visites diverses comme dans des vergers en automne, des activités de lectures, et bien d’autres.