Les Noirs discutent de prévention de la violence à Montréal
Une soixantaine de jeunes noirs en provenance de secteurs sensibles comme Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies ont pris part, ce samedi, aux activités du Forum jeunesse des communautés noires de Montréal autour de la violence et la criminalité.
Lancé dans Saint-Michel «parce que c’est un quartier symbolique», ce forum vise à «désenclaver et favoriser les interactions positives entre les jeunes Noirs et mettre fin à une guerre de territoire qui dure depuis 20 ans». Les ateliers et réflexions s’étendront sur 15 mois.
Un comité formé d’une douzaine d’organismes et personnalités des communautés noires encadre et anime les discussions entre les délégations de Montréal-Nord, RDP, Notre-Dame-de-Grâce et Saint-Michel, entre autres.
«Il s’agit d’un moyen de mobiliser et sensibiliser les jeunes face aux problématiques de notre collectivité en suscitant leur participation à la recherche d’une solution», indique le porte-parole du comité, Pierreson Vaval, qui dirige du même souffle l’organisme Équipe RDP.
La délinquance
Le forum se tient alors que plusieurs intervenants notent un regain de la délinquance chez les jeunes à Rivière-des-Prairies.
«Aujourd’hui, on assiste à une recrudescence de la délinquance de jeunes âgés entre 13 et 15 ans impliqués dans des vols de voiture, vols à l’étalage, entrées par effraction dans des maisons, des actes d’intimidation, d’agressions et de non-respect des règlements municipaux», explique M. Vaval.
Depuis mars dernier, l’organisme Équipe RDP a remis au moins trois intervenants sur le terrain grâce à l’aide financière de la Ville de Montréal et du ministère de la Sécurité publique afin de contrer le phénomène. On parle de 60 à 70 ados visés par les actions de l’Équipe RDP.
Cette dernière est engagée dans la prévention de la violence et la criminalité depuis les années 90. À cette époque, la problématique des gangs de rue prenait de l’ampleur. Grâce au travail des intervenants de l’époque, les enseignants de l’école Jean-Grou notent, depuis plusieurs années, l’amélioration de la concentration en classe et l’augmentation de 10% des résultats scolaires des jeunes à risque. Il y aurait également une baisse de 30% de la criminalité, selon les statistiques de l’organisme.
Troubles de comportement et séisme en Haïti
Plusieurs facteurs pourraient expliquer le regain de la délinquance chez les jeunes Noirs, dont certains problèmes d’adaptation chez une cinquantaine de jeunes âgés entre 12 et 13 ans, arrivés après le séisme de 2010 en Haïti,
«Ils font face à de graves problèmes de comportement à l’école, de choc culturel et de crise identitaire. Leurs familles sont soit monoparentales soit recomposées. C’est le reflet de l’école Jean-Grou», affirme Norès Glaude, coordonateur de la Maison des jeunes de Rivière-des-Prairies.
La Maison des jeunes RDP intervient auprès des 12-17 ans. Elle a eu 12250 fréquentations au cours de 2015-16.
Le comité devrait se réunir à nouveau, mais la date n’est pas encore connue.
Ce qu’ils ont dit:
«Ce en quoi je crois beaucoup, c’est d’ouvrir encore plus nos écoles à une collaboration plus étroite avec la communauté. J’entends par là des organismes ou des citoyens qui voudraient faire du bénévolat afin d’établir un maillage entre des jeunes qui ont besoin de repères»
– Renée-Chantal Belinga, commissaire scolaire de Montréal-Nord.
«Trop souvent, les jeunes veulent plaire à leur parents sans se soucier d’eux-mêmes. C’est une problématique presque généralisée dans la communauté haïtienne : les parents mettent une pression indue sur leurs enfants pour devenir médecin, ingénieur, avocat etc…, ce qui les conduit souvent vers le décrochage»
– Frantz Jean-Jacques de l’organisme Évolu-Jeunes.
«La punition corporelle constitue un autre facteur qui pourrait expliquer cette relation de violence que les jeunes entretiennent entre eux.»
– Patricia Fourcaud psychologue d’origine haïtienne.