Couillard: pas de mandat à Marc-Yvan Côté
QUÉBEC — Le fantôme de Marc-Yvan Côté est revenu hanter le premier ministre Philippe Couillard, qui s’est défendu jeudi d’avoir accordé à l’ancien collecteur de fonds quelque mandat que ce soit lors de la course au leadership libéral en 2012.
Ancien collecteur de fonds et organisateur électoral de longue date du Parti libéral du Québec (PLQ), Marc-Yvan Côté ne s’est vu confier durant la campagne au leadership aucun rôle, ni aucun mandat de collecte de fonds, a assuré le premier ministre Couillard, lors d’une mêlée de presse jeudi matin.
Sur la défensive, le premier ministre a défendu bec et ongles son intégrité et son sens de l’éthique, à l’époque où il cherchait à succéder à Jean Charest.
Sa sortie faisait suite à une série de courriels publiés le jour même par le Journal de Montréal, laissant entendre que M. Côté aurait pu jouer un rôle dans l’ombre pour appuyer la campagne de M. Couillard et favoriser son élection à la tête du PLQ.
Ce dernier a précisé en point de presse qu’il avait pris les devants, en 2012, avant même d’annoncer sa candidature. Il a sollicité une rencontre avec M. Côté et lui a demandé explicitement de ne pas participer à sa campagne, qui s’est conclue par son élection comme chef du Parti libéral du Québec en mars 2013.
«Avant même que la course à la direction soit annoncée, j’ai demandé personnellement à M. Côté de ne pas s’impliquer dans ma campagne», a dit M. Couillard, en précisant qu’il avait transmis cette directive à son équipe de campagne.
«M. Côté n’avait aucun rôle dans l’organisation de ma course à la direction, aucun mandat, aucune autorisation, point final», a-t-il martelé à plusieurs reprises.
Mais il est impossible de savoir si oui ou non M. Côté a manoeuvré en coulisses pour favoriser son poulain, malgré la consigne.
Outrée, flairant un accroc aux normes éthiques et d’intégrité, l’opposition a demandé qu’une commission parlementaire se saisisse de l’affaire et fasse la lumière sur ces allégations en entendant toutes les parties impliquées, incluant MM. Couillard et Côté.
Mais la demande a aussitôt été rejetée par le gouvernement. «Je ne vois pas l’intérêt», a laissé tomber M. Couillard, laconique, écartant d’emblée la motion conjointe présentée par l’opposition péquiste et la Coalition avenir Québec (CAQ), en vue de convoquer une commission parlementaire.
«Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est ni plus ni moins que la crédibilité de Philippe Couillard», a estimé le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, en point de presse.
Selon lui, «beaucoup de Québécois ont conclu que Philippe Couillard mentait comme un arracheur de dents».
Le chef caquiste François Legault a renchéri, sur le même ton: «Philippe Couillard n’a pas dit la vérité. Il n’a pas dit la vérité aux Québécois, et c’est très grave. Le chef du Parti libéral doit des explications aux Québécois.»
«La tumeur est au sommet du pouvoir libéral», a ajouté de son côté le député solidaire Amir Khadir.
Ex-ministre libéral dans le gouvernement de Robert Bourassa, M. Côté a été arrêté par l’UPAC au printemps 2016, et devra répondre à diverses accusations: complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement et abus de confiance.
Le Parti libéral du Canada l’a banni à vie de ses rangs pour son rôle de financement illicite joué dans le scandale des commandites dans les années 1990.
Certains courriels rendus publics font état d’échanges entre M. Côté et Josée Lévesque, qui était l’organisatrice en chef de la campagne de M. Couillard pour l’est du Québec en 2012-2013. Elle est aujourd’hui la directrice de cabinet du whip en chef du gouvernement, Stéphane Billette. Elle a reconnu avoir écrit à M. Côté à l’époque, mais soutient qu’il n’a joué aucun rôle dans la campagne de son candidat.
D’autres courriels impliquent M. Côté et Lise Grondin, l’ancienne directrice de cabinet de l’ex-président de l’Assemblée nationale Michel Bissonnet, qui félicite Marc-Yvan Côté, le lendemain de la victoire de M. Couillard, et le remercie pour son travail effectué dans l’ombre.