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03:00 24 juillet 2017 | mise à jour le: 24 juillet 2017 à 03:00 Temps de lecture: 4 minutes

De Gaulle au Québec: «C’était un véritable appel à la libération»

De Gaulle au Québec: «C’était un véritable appel à la libération»
Photo: Getty ImagesFrench president Charles de Gaulle (1890 - 1970) speaking in Paris about Britain's Common Market entry. (Photo by Express Newspapers/Getty Images)

Il y a 50 ans aujourd’hui, au terme d’un parcours triomphal le long du chemin du Roy, le président français Charles de Gaulle prenait par surprise le monde entier en lançant son célèbre «Vive le Québec libre!» depuis le balcon de l’hôtel de ville de Montréal. Pour marquer cet anniversaire, Métro s’est entretenu avec Martine Desjardins, présidente du Mouvement national des Québécois (MNQ), qui organise plusieurs commémorations de l’événement dans la province.

Pourquoi souligner en grand la visite du général de Gaulle?
Principalement parce que c’est un des événements qui ont nommé le Québec à l’international et qui lui a permis de rayonner. Commémorer la visite du général, c’est une façon pour le Québec de se souvenir comment il a été projeté sur la scène internationale, avec une grande fierté. C’était la première fois que le mot «Québec» a été prononcé et écrit en mandarin!

N’est-ce pas ironique que cette reconnaissance ait été provoquée par un Français et non un Québécois?
C’était la réaction de René Lévesque [qui allait quitter le Parti libéral quelques mois plus tard pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association] à l’époque, qui avait trouvé très paternaliste le discours du général. Cinquante ans plus tard, on peut relativiser et constater que c’est un événement qui a véritablement lancé le mouvement indépendantiste, qui y a vu une reconnaissance de la légitimité de ses revendications. Charles de Gaulle est un homme qui a fait l’histoire. En 1967, c’était un personnage plus grand que nature.

«Pour les indépendantistes, c’était une étincelle qui a allumé ce qui était déjà là.» – Martine Desjardins

Les historiens débattent toujours du sens exact des paroles du général de Gaulle. Comment interprétez-vous son «Vive le Québec libre»?
C’était une façon de dire aux Québécois: «Soyez fiers de votre langue, soyez fiers de ce que vous êtes, relevez les épaules.» Pour lui, c’était un véritable appel à la libération de ceux qu’on nommait encore les Canadiens français. […] Les citoyens et citoyennes qui l’acclamaient le long du chemin du Roy, qui avaient beaucoup de difficulté à faire entendre leur langue, y ont vu une lueur d’espoir.

Cette quête de reconnaissance internationale est-elle toujours pertinente pour le mouvement indépendantiste?
C’est d’autant plus important aujourd’hui, car de plus en plus de décisions se prennent au sein des grandes instances mondiales, que ce soit les ententes sur la protection de l’environnement, sur la protection des peuples ou au niveau économique. Le Québec, comme province, n’a pas son mot à dire. C’est encore plus important d’être reconnu comme peuple et d’avoir sa voix à l’international.

La relation France-Québec est-elle toujours aussi importante pour les souverainistes?
À la suite de son passage, le général a créé plusieurs instances qui ont permis le rapprochement entre le Québec et la France et qui existent encore aujourd’hui, comme l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ). C’était une façon de rapprocher deux peuples qui ne s’étaient pas parlé depuis des années. […] Il y a toujours une partie de nous qui se rapproche de la France par notre langue, évidemment, et par certaines habitudes. Ce désir de rencontre est nécessaire, mais ne doit pas être exclusif. Le mouvement souverainiste regarde de plus en plus du côté de l’Écosse et de la Catalogne. Il faut aller voir d’autres exemples. Il y a de nouveaux interlocuteurs qui sont apparus au cours des dernières années.

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