Un projet de 5,4 M$ malgré les coupes budgétaires
OTTAWA — Des documents internes révèlent que Transports Canada a décidé l’an dernier de construire une glissière de sécurité extérieure, au coût de 5,4 millions $, à son Centre d’essais pour véhicules automobiles de Blainville, sans savoir si le projet en valait vraiment la peine.
Le Vérificateur général avait épinglé cette décision dans son rapport de l’automne 2016, car le gouvernement venait de réduire de 59 pour cent cette année-là le budget de fonctionnement des essais de résistance à l’impact du ministère des Transports. Ce budget passait de 1,2 million $ à 492 000 $, et le Vérificateur général (VG) déplorait qu’«en dépit de ces compressions budgétaires, le ministère avait choisi de construire une glissière de sécurité extérieure au coût de 5,4 millions $».
Dans une note interne adressée au ministre des Transports, Marc Garneau, des mois avant ce rapport du VG, des hauts fonctionnaires avaient déjà du mal à justifier une telle dépense. Ils soutenaient que le projet pourrait être utile, sans toutefois pouvoir évaluer l’utilisation éventuelle de cette glissière de sécurité extérieure.
La recommandation finale du ministère a été expurgée de cette note interne, obtenue par La Presse canadienne grâce à la Loi sur l’accès à l’information. Les responsables soutiennent que cette information est trop sensible pour être rendue publique.
Le ministère explique néanmoins qu’une telle glissière de sécurité extérieure permettra de tester une plus vaste gamme de véhicules, comme les voitures fonctionnant au gaz naturel ou à l’hydrogène. Dans un courriel, la porte-parole du ministère Marie-Anyk Côté soutient que le projet a permis au centre de Blainville de demeurer «à la fine pointe de la technologie», dans un secteur «en pleines mutations».
Transports Canada décrit le Centre d’essais pour véhicules automobiles de Blainville, au nord de Montréal, comme «unique en son genre» au pays, car on peut y mener divers tests que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.
La note interne adressée au ministre Garneau rappelle que Transports Canada a «investi considérablement» dans ce centre — le précédent gouvernement conservateur y avait injecté 14,2 millions $ en 2009 pour le mettre à niveau —, mais que son taux d’utilisation n’a pas suivi la même courbe. Le centre est utilisé par le ministère environ la moitié de l’année, et est loué le reste du temps au secteur privé.