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«La langue commune, c’est le français»

Photo: Vincent Fortier/Métro

Cette année, dans le cadre de la Semaine pour l’école publique, la Fédération autonome de l’enseignement a mis l’accent sur la francisation. Métro est allé visiter des classes d’accueil à Montréal et à Granby. Deux réalités différentes. Un même succès.

Jeudi après-midi. École Jean-Grou, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal. Dans une petite classe du deuxième étage, Vladimir et Karim dialoguent dans un français à peine cassé au milieu des pupitres placés en U. Ils discutent de leur famille. À la fin de leur improvisation, leur professeur Nicolas Martin et les 16 autres élèves de la classe les applaudissent.

Vladimir, 9 ans, vient de Moldavie et est à Montréal depuis trois mois. Karim a 10 ans. Il est arrivé de Syrie il y a près d’un an. Tous deux doivent maintenant apprendre le français, comme leurs camarades qui viennent d’Iran, de Croatie ou du Sri Lanka.

Saint-Laurent, c’est les Nations unies. Dans l’arrondissement, on compte 168 origines ethniques différentes. À Jean-Grou, où 90 % des élèves sont issus de l’immigration récente, on trouve des jeunes venant de 65 pays différents. Nicolas Martin apprécie cette mixité. «Il ne se forme pas de ghetto dans la classe parce que les élèves viennent de partout, remarque-t-il. La langue commune, c’est le français!»

Les nouveaux arrivants qui débarquent au Québec ne parlent souvent pas un seul mot de français. Les jeunes doivent passer par une classe d’accueil et de francisation, comme celle de M. Nicolas, comme l’appellent ses élèves, avant d’intégrer le program­me régulier.

Sabrina était dans la classe de M. Nicolas l’an dernier. Cette Vénézuélienne de 11 ans, qui s’exprime dans un excellent français, est partie de zéro. «Quand je suis arrivée ici, il y a un an et demi, je parlais trois mots de français, raconte la jeune fille qui a hâte de revoir la neige. Mais c’était assez facile. M. Nicolas fait beaucoup de blagues.»

«Quand ils arrivent au niveau zéro au mois de septembre, en novembre, ils sont assez fonctionnels», constate M. Martin. Ce dernier doit sans cesse adapter son enseignement puisque des nouveaux peuvent s’ajouter à sa classe à n’importe quel moment. Pour passer au régulier, les élèves doivent justement être «fonctionnels». «On ne peut pas attendre que l’enfant soit parfaitement bilingue, explique l’enseignant. Apprendre une langue, ça prend cinq ans.» Qui plus est, à Montréal, le français peut-être la troisième, voire la quatrième langue
d’un enfant.

Nicolas Martin remarque toutefois un réel intérêt chez la plupart de ses élèves… et de leurs parents. «On peut donner autant de travail qu’on veut, indique-t-il, en précisant que l’éducation a souvent une valeur très élevée dans d’autres cultures. Ils sont motivés et les parents aussi.» Sadaf, 10 ans, est à cet égard un bon exemple. L’élève iranienne, au Québec depuis deux ans, pratique chaque soir son français avec sa mère qui fréquente elle aussi une classe de francisation. «Parfois, c’est moi qui l’aide», lance fièrement la fillette.

* * *

L’air est frisquet, jeudi matin à Granby. Mais la petite salle de classe de Johanna Söderbom est pleine de soleil. L’enseignante du cours de francisation de l’école secondaire de la Haute-Ville écoute ses élèves prononcer, en français, les phrases qu’ils ont composées.

Ici, sur 1 100 élèves, seulement 94 sont nés à l’extérieur du Québec. Parmi eux, 12, surtout en provenance d’Afrique, sont en classe d’accueil. Les autres sont inscrits au programme régulier tout en bénéficiant de cours d’appoint en français. «On a eu une augmentation de la clientèle immigrante, alors on doit adapter les services qu’on offre», indique Danielle Faubert, directrice de l’école. D’autant plus que la clientèle immigrante qui arrive aujourd’hui dans la région a un passé parfois très lourd et n’a toujours pas reçu de scolarisation dans son pays d’origine. La direction remarque d’ailleurs que l’apprentissage du français est beaucoup plus facile chez les nouveaux arrivants qui ont déjà été sur les bancs de l’école de façon régulière.
«Le plus grand défi, c’est l’écriture parce qu’ils parlent quand même bien, indique Johanna Söderbom. Il y a aussi l’intégration. Ils ont hâte d’être avec les élèves québécois.»

«Les élèves s’intègrent assez bien, surtout compte tenu de leur passé, poursuit Jason Borduas, éducateur spécialisé qui travaille avec le groupe. Ils veulent apprendre et sont contents d’être ici.» Leur passé est souvent marqué par la violen­ce, la guerre et la pauvreté. Des sujets que les élèves abor­dent peu. «Normalement, on ne leur en parle pas trop pour ne pas trop brasser leur passé, souligne M. Borduas. Ça leur ap­partient. Ils parlent beaucoup plus de ce qu’ils vivent ici.»

Chalessa, 12 ans, Aicha, 13 ans, et Claudine, 16 ans, redoutent toutes un peu l’arrivée de l’hiver, mais les adolescentes originaires du Rwanda, de la Côte-d’Ivoire et du Congo se plaisent bien à l’école de la Haute-Ville, où chaque nouvel arrivant est jumelé à un élève québécois.

En région, l’intégration peut se faire plus facilement, car la proportion de francophones est plus importante. «Ça se vit souvent mieux, confirme Mme Faubert. On les voit venir. Ils ne se fondent pas dans la masse.»

Lire l’avenir dans les journaux
Chaque année, la composition ethnique de la classe d’accueil de Nicolas Martin change. L’enseignant peut toutefois prédire de quelles régions du monde viendront ses nouveaux élèves… en suivant l’actualité. «On écoute les nouvelles et on sait un peu qui va nous arriver dans quelques mois», indique l’enseignant.

Ainsi, en début d’année, quelques Syriens ont atterri dans sa classe. D’autres facteurs peuvent aussi influencer le flux migratoire. Quand il a commencé sa carrière, il y a quelques années, M. Martin comptait plusieurs élèves mexicains dans sa classe. «On pouvait avoir 15 Mexic­ains sur 18 élèves. Mais depuis que le gouvernement Harper a changé certaines règles pour les visas, il n’y en a plus du tout.»

L’importance des parents
Dans l’intégration des jeunes immigrants à la société québécoise, les parents peuvent jouer un grand rôle. «Il peut y avoir un choc entre les valeurs familiales et l’école, reconnaît Danielle Faubert, directrice de l’école secondaire de la Haute-Ville, à Granby. Quand ils arrivent ici, parfois ils ne comprennent pas comment on travaille.» C’est pourquoi il faut faire participer les parents et discuter avec eux. «À la maison, les enfants retombent souvent dans leur culture, souligne Claire Pimparé, porte-parole de la Semaine pour l’école publique.
Il faut amener les parents à l’école.»

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